Nique la Kro ! n°16 – D’un monde de merde.

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Je vous prie mesdames et messieurs d’agréer, en guise d’introduction de bon aloi, mes sincères et flatulentes civilités.
George Abitbol, ce prophète des temps modernes, cet érudit à la verve fleurie, ce poète né avant son quart d’heure, ne pensait sans doute pas si bien dire lorsqu’il énonça l’énigmatique conclusion : ‘Monde de Merde’.
Ça méritait bien une enquête pour en comprendre la raison… Alors j’ai également mené la mienne. Accompagné comme à mon habitude de mes trois acolytes de toujours, Objectivité, Professionnalisme et Exhaustivité, je me suis penché sur cette question que toute rose aurait enviée pour sa couverture épineuse : vivons-nous vraiment dans un monde d’excréments ?
Je ne vous fais pas lambiner plus longtemps, la réponse est « oui ». Et je m’évertuerai à le démontrer par la suite.

Je ne développerai pas ici des faits-divers tel celui de ce monte-en-l’air qui ne trouva rien de mieux, lors d’un cambriolage, que d’enc…apsuler une innocente peluche qui batifolait dans le coin, pour ensuite se faire alpaguer en raison de la semence offerte au jouet souillé. Non. Pourtant là, on atteint une sorte de summum.
Non plus que je n’aborderai les Darwin Awards récompensant les décès les plus méritoires pour la pérennité de l’espèce humaine, même si cela vaudrait le coup de s’y attarder pour une franche rigolade.
Non, je focaliserai mon étude sur des exemples pris parmi les décisions politiques qui impactent directement notre quotidien. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’explorer les quatre coins des restes du monde. Je ne vous apprends sans doute rien, mais des faits probants incluant une crétinerie humaine hors-norme se dégottent chez nous à nombre de coins de rues.

Attardons-nous ainsi sur ceux d’Angoulême lors d’un certain mois de novembre 2014.
Là où le chaland s’attendait à pouvoir souffler un peu après s’être tapé les diverses pentes que compte la ville, une fois savourées ces fresques réalisées par de talentueux auteurs de Bédé, là où il se disait qu’il boulotterait bien un jambon-beurre, sur cette place en temps normal très accueillante, quelle ne fut pas sa surprise, à ce chaland, lorsqu’il encontra des bancs ceints d’une grille hermétique à souhait. Il interrogea alors un autochtone qui baguenaudait par-là :
« Qu’est-ce donc, maraud ? Ne puis-je donc reposer mon postérieur pour déguster un excellent sandouiche confectionné maison ?
— C’est pour les essedéheffes et les marginaux, lui répondit l’autochtone qui n’appréciait guère de se faire appeler par des noms d’oiseaux… même s’il ne connaissait point cette espèce précise.
— Tiens donc ! Les exhiberait-on au public ? Exécutent-ils des tours ? J’avoue ne pas être contre une séance de cirque ou, du moins, de zoo gratuite.
— Nan, c’est pour empêcher qu’ils chient sur nos plates-bandes.
— Quelle singulière idée ! Ne risquent-ils pas de déféquer à-côté desdites cages ? Cela aurait été plus efficace de les installer à l’intérieur, non ? »

Voilà bien un coin de rue aux nauséabonds relents de fiente encore fraîche.

Laissons là notre autochtone et sa tronche-à-bouffes d’interlocuteur pour entrer dans notre Tardis1 personnel afin de réaliser un bond au travers de l’espace-temps et ce, sans bouger de l’endroit où nous reposons notre arrière-train. Direction Bézier, cette fois-ci, courant février 2015.
À ce stade, je ne peux que saluer l’initiative de ce sympathique maire, ce bon vieux Robert, qui, voulant lutter contre la criminalité rampante et l’insécurité galopante – fléaux bien connus de notre société, mais surtout de nos mass-médias –, s’est fendu d’une publicité fort à propos. Pour ce faire, il s’octroya l’aide des plus grands experts directement importés des zétazunis : des spécialistes de la NRA2.
— Hey Robert, you alleï bien ? Nous avoir plein de les suggestions pour la campagne de toi. You ok ?
— Yes yes, Je voudrais quelque chose de percutant et rassurant, répondit ce sacripant de Ménard.
— Oh Yeah ! Je voir grands panneaux ! With gros gun en plein milieu, you see ? Rassurant, yeah ?
— Oh nice ! quelle fantastique idea ! se réjouissait le galopin à la bouche en arrière-train de gallinacée.
— Yes ? Eumeïzing ! Et en plus, on pourraï ajouter un truc comme : « la municipale police a un nouvel ami » and something comme « armeïs 24h/24, 7 jours/7 » ?
— Oh oui, voilà qui rassurera le badin badaud, j’en suis certain, conclua la fripouille.

Oué…

Vous êtes surtout un colossal coprophage en costard, Ménard, ça ne fait aucun doute. Sacrément calculateur, aussi. Surfer tel un champion hawaïen shooté au crack sur cette question était digne d’un raffinement politique comme on en fait de plus en plus. Votre passé de fondateur de Reporters Sans Frontières ne vous dérange point trop, j’espère ?
Je vous tirerais bien mon chapeau, mais j’aurais trop peur que vous ne preniez cela pour une tentative d’agression et ne tiriez tout court en réponse. Merci donc de rendre nos rues moins sûres avec tous ces analphabètes armés jusqu’aux quenottes.
Malgré sa finesse et sa justesse, il manquerait tout de même une petite chose à ce panneau, une mention qui, au même titre que l’alcool, devrait être obligatoire dans ce genre de cas :

« Attention, l’abus d’armes à feux est dangereux pour la santé... Des autres. »

Comme l’on dit dans les milieux qui savent de quoi ils parlent : « jamais deux sans trois ». Mon dernier exemple sera lui tiré des fantastiques décisions prises avec un grand courage d’un côté et une fine analyse de l’autre.
Suite à la montée du ‘Djihadisme’, le marasme de ces jeunes en colère qui choisissent d’aller combattre l’infidèle aussi bien que le pas-fidèle-comme-eux au Moyen-Orient et en Afrique, nos dirigeants, sous la houlette obscurcie de cet espiègle Manuel, n’ont rien trouvé de plus pertinent que de pondre un panneau répertoriant les comportements suspects auxquels pourraient se livrer ces indisciplinés comme, par exemple, ne plus manger de baguette3. (sic.)
Pourtant, ce qui me choque le plus n’est point la teneur de cette affiche, pourtant à s’étouffer dans son rire si n’était le sérieux qui l’accompagnait, mais plutôt le site auquel elle renvoie : stop-djihadisme.gouv.fr.

Personnellement et pour rester dans le thème, j’aurais choisi ‘‘www.5eme-croisade.gouv.fr’’. L’on pourrait ensuite parler de « guerre » ou de « combat » à juste titre.
Nan, mais vous réfléchissez à l’impact des mots ? Au sens historique du terme djihad (sans compter son sens de « lutte contre soi-même »), et de ce qu’il représente dans la supposée opposition des mondes occidentaux et orientaux ?
Que les « terroristes » contre qui vous guerroyez usent de ce terme, c’est fort logique. Dans leurs têtes, c’est bien ce qu’ils revendiquent : une « guerre sainte » contre tous les incroyants. Mais, pute vierge ! De notre côté, faisons preuve de bon sens, bon sang de bon soir ! Nous ne sommes pas des croisés partis libérer Jérusalem des paluches impies de ces païens qui ne mangent point de pain.
Vous me direz : il faut bien justifier par un moyen ou un autre la surveillance à grande échelle des citoyens. Et la lutte contre le terrorisme, si l’on est contre, c’est bien entendu que l’on en est un.

Vous noterez donc ces trois exemples sélectionnés parmi une myriade d’autres d’aussi bon goût et issus de politiques, de mon point de vue, désastreuses. Désastreuses par leurs conséquences, mais également par ce qu’elles suggèrent de la réflexion des gens qui les ont émises. Toutefois, le pire n’est point que ces idées fussent émises mais bien mises en pratique ! Qu’à nul moment il n’y ait quelqu’un qui se soit avancé pour suggérer :
« Eh les gars, on n’est pas en train de mettre en place une gigantesque bouse, là ? Une sorte d’erreur cosmique d’interprétation ?
— Mais non, t’inquièèèète4. Ça va passer comme une lettre dans du beurre. Reprend plutôt un p’tit traçon. »
Et je n’insinue point par cette dernière que ces personnes aient agi sous l’influence d’illicites substances… même si on pourrait légitimement se le demander.
Je ne vous aurais peut-être pas convaincu de la justesse des propos de George, mais vous m’accorderez d’être en accord avec Jospignol qui résuma la situation avec une subtilité sans fard : « PAYS DE MEEEEEEEEERDE ! »
Toute ma fervente gratitude, mesdemoisieux, pour votre lecture.
Ainsi donc…

À la revoyure !

Arno

  1. Au contraire de celui du Docteur Who, notre Tardis est aussi grand à l’intérieur qu’à l’extérieur. Je vous prierai donc de vous serrer un peu histoire que tout le monde puisse monter. Je vous en remercie.
  2. [Note hardcore de niveau 1] La National Rifle Association : une organisation à but non lucratif et certainement humanitaire qui prône le droit inaliénable des enfants de moins de six ans à se faire exploser la tronche grâce à la carabine que Daddy conserve toujours chargée au cas où d’immondes Bolcheviques se ramèneraient couteau entre les dents. [/Note hardcore]
  3. En réalité la légende dit « qui change de comportement alimentaire ». Mais l’image d’un pain barré d’une croix me fait immanquablement penser que le mangeage de baguette est considéré comme une norme de laquelle il ne faudrait dévier. Prenez garde, vils allergiques au gluten !
  4. Le « t’inquiète », malgré son caractère voulu rassurant, précède le plus souvent un moment où il est certainement de la plus haute importance, justement, de s’inquiéter.

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