La Dictature des Majors

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Tout le monde a au moins entendu une fois dans sa vie « like a virgin », « savoir aimer », « allumer le feu », « la lambada », « un dos tres », « la macarena », à la radio, dans la rue, n’importe où. Ce ne sont évidemment que des exemples mais la liste est longue ! Comment expliquez-vous la promotion d’un artiste en nous le vendant comme tube de l’été alors que c’est le premier et l’unique album de l’artiste ? Le meilleur exemple de one-hit wonder est «Born to be alive » de Patrick Hernandez qui vit encore des droits de son unique morceau. Le monde musical est en crise, explications d'une révolution en cours.

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La machine à vendre des tubes des majors fonctionne depuis longtemps et continue chaque année à nous abreuver de musique plus ou moins abjecte. On est tous d’accord sur le fait qu’ils vendent très bien leurs produits. Car un tube est avant tout un produit marketing, une notion purement commerciale. Dès les années 50, aux Etats-Unis, les grandes corporations contrôlent le marché du disque en payant des compositeurs et cherchent ensuite des interprètes pour les présenter au public. La musique perd tout son sens et devient principalement un produit de consommation, un produit de vente. Le marketing musical a la puissance de nous faire écouter, apprécier, voire même acheter les disques des artistes que l’on nous propose.

 

Un simple effet de mode ?

 

 

La musique est très puissante. Un signal sonore, transmis à notre cerveau et converti en électricité, nous permet de ressentir des sensations différentes en fonction de la musique écoutée. Autant une musique peut nous transporter, nous faire voyager, nous donner des frissons, autant une musique peut faire ressortir chez nous une sensation de mal-être, de souffrance. Quel cauchemar d’entendre une musique que l’on ne supporte pas. La plupart des personnes disent aimer écouter de la musique et d’autres ne disent ne pas pouvoir vivre sans musique. Est-ce une drogue ?
Chaque période dans l’histoire a vu naître des courants musicaux, de nouveaux styles de musique, des artistes talentueux plus ou moins connus. Mais qu’est ce qui nous fait aimer/acheter une musique plutôt qu’une autre? Nous allons voir que ce n’est pas qu’une histoire de goût. Commençons d’abord par l’entourage de l’auditoire. Est-ce nos fréquentations qui définissent le style de musique que nous allons écouter? Où est-ce la musique que nous écoutons qui va définir notre cercle d’amis ? Il est difficile d’écouter du Jazz si nos amis ont tous Crazy Frog sur leur téléphone... Les personnes dans notre entourage, sont importantes dans le style de musique que nous écoutons. C’est la qu’intervient la promotion, la communication de l’artiste. Rien n’est épargné, s’il faut un effet de masse pour que la musique soit écoutée et vendue, les médias de masse sont là pour nous façonner, nous pousser à écouter, à consommer cette musique.
Le slogan « à écouter absolument ! Tube de l’année !! » va se retrouver dans la rue, dans le métro, les radios, la télévision, les bars, les clubs discothèques, les magasins, les produits dérivés, les magazines, les sites internet... L’effet de masse est bien présent et fonctionne.

 

Culture vs business

 

Le style de la musique écoutée est aussi lié à notre éducation musicale, aux différentes classes sociales, à l’ouverture individuelle à d’autres univers musicaux. La culture musicale dans l’enfance est très importante. Elle permet d’ouvrir son horizon musical avant toute cette machine de propagande que l’on absorbe quand on est adolescent (par exemple, avec les radios nationales dites « pour les jeunes »). Grâce à cette culture musicale étoffée, la construction du morceau va prendre une part plus importante dans nos goûts musicaux. Pour de nombreuses personnes, la musique commerciale/populaire rentre dans un moule dont il ressort toujours la même musique. Les mélodies sont basiques, répétitives et très faciles à retenir. C’est peut-être finalement la recette du tube ?
Enfin, rentrent en jeu les sentiments personnels que l’on peut ressentir avec la musique. Comment l’artiste va faire ressentir sa passion, son talent, son interprétation dans ses morceaux ? Comment la musique va nous transporter, nous faire rêver ou nous faire danser ? Par exemple, Jacques Brel était vraiment un artiste qui vivait sa musique, ses chants. Il transmettait une énergie, une émotion à son auditoire; c’était vraiment un artiste exceptionnel. Aujourd’hui, on nous propose Christophe Maé... Vous connaissez, c’est l’artiste qui a composé plus de cinq morceaux avec la même suite d’accords. A-t-il sa place dans le top 10 ?
Finalement, la musique n’est pas tant que ça une histoire de goût. Tous les styles de musiques sont à écouter, mais pas tous les artistes. Dans le mot « Artiste » il y a « art », totalement l’opposé de produit de consommation/marketing.

Depuis l’arrivée d’Internet, les personnes ont découvert qu’il y avait d’autres musiques que le top 10 présenté par la FNAC ou par Universal Music/EMI, Sony Music et Warner Music... Les ventes de disques se sont effondrées. Pour résoudre ce problème, les majors auraient dû nous proposer une meilleure qualité d’artistes et de musique. Au lieu de cela, ils ont poussé la machine à vendre à son maximum :
Diffuser des oeuvres de façon sonore ne suffit plus à vendre, il faut intégrer de la vidéo à la musique, et passer en boucle les mêmes titres, MTV est né. A croire qu’il n’y a que vingt artistes à écouter...
Les radios n’ont aucun problème à diffuser quinze fois dans la journée le même titre. Et si on n’a toujours pas compris que c’est la musique à écouter, à acheter, ils revendent ces titres lors de compilations !
Imaginez, vous êtes producteur chez un major, mais l'appât du gain a complètement mis de côté vos goûts musicaux. Que faire ? Ne prenons aucun risque avec de nouveaux artistes que la population ne connaît pas encore. On pourrait peut-être faire la promotion de l’artiste avec des gains immédiats et mesurés en temps réel. Mais comment ? Attendez, si on créait une émission de téléréalité avec la participation des personnes qui regardent et qui choisissent eux-mêmes leurs artistes. Comme l’artiste gagnant sera plébiscité par la majorité du public, il vendra forcément un album en de nombreux exemplaires. La téléréalité, avec Star Academy ou Popstar, est évidemment l’idée du siècle ! L’apothéose ; comment nous vendre quelque chose de formaté en nous faisant croire que c’est notre choix. Judicieux !

Je dirais plus exactement scandaleux, mais avouez, ils sont très forts.
A bas la dictature des majors, vive l’indépendance musicale !

 

Pec

 

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Un commentaire sur “La Dictature des Majors

  1. Oui à bas la dictature musicale de partout,personnellement quand j'entends de la "musique" de caniveau je ne rentre pas dans le magasin-bientôt il me faudra faire toutes mes courses sur internet-,mais QUI aura l'intelligence et la classe de mettre du Brahms,du Bach dans son magasin???
    Sont-ils TOUS SOURDS ET INCULTES?
    Comment une dictature pareille a-t-elle pu s'installer aussi insidieusement?
    Je ne comprends absolument pas comment les gens acceptent que leur univers sonore soit dicté par quelqu'un d'autre,il devient impossible d'aller dans un magasin,un restaurant-voire même un cabinet médical!- sans cet insupportable bruit de fond façon lavage de cerveau.Et ils sont bien dressés en plus ces hitler du son,avec une haine particulière pour les remarques ou suggestions musicales du client ce qui est quand même le comble...
    Bref je pense que quand une révolte éclatera sur le droit à la liberté auditive alors là oui nous pourrons dire que nous sommes sortis de la barbarie..

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