Nique la Kro n°10 – de l’Alsace et, aussi, de les Alsacien(ne)s


 

Slut !
Oups, coquille… je ne désirais certainement pas vous traiter de péripatéticienne aux mœurs dévergondés dans la langue de cheïqueuspire, mais bien vous octroyer un « salut » de bon aloi. Soyez en sûrs, estimés lecteurs et lectrices.
Je viens du Sud, moi. D’Ariège, pour être exact. D’aucuns diraient : « Le pays où les belges se sont perdus en voulant atteindre l’Espagne. » Je vous le dis, kesskon s’ gondole. On déconne, on se gausse, on rigole.
Maintenant que tout le monde a gagné en espérance de vie selon des études scientifiques poussées concernant l’effet bénéfique du rire sur la santé, passons à la situation qui nous préoccupe. Et c’est donc avec ma plume absolument pas chauvine ni subjective que je vais vous entretenir de la dernière région française visitée par mon corps en compagnie intermittente de mon encéphale.

Enfin, en France… soyons clair, certains d’entre eux, les Alsaciens, ne se considèrent pas comme en faisant partie. Et lorsqu’on n’est pas du cru, ça se ressent.
Quelques exemples font toujours meilleure figure qu’un long dessin, alors n’hésitons pas. Et que l’on ne vienne pas contester la valeur de ces exemples en tant que généralisation objective. Est-ce que les micros-trottoirs pour savoir « ce que le peuple en pense » le sont (contestés) ? Non, bien sûr ! Car autrement, ils ne seraient pas aussi largement utilisés. Sékuhèfeudé.
Revenons donc à nos moutons ou, plutôt, à nos exemples. En voici un florilège :
Ne vous aventurez surtout pas à demander une chocolatine1 dans une boulangerie locale. Outre le « service, hein » qui suivra votre merci souriant et qui nous engage à penser que c’est bien parce qu’on nous sert que l’on reste poli, vous risqueriez de repartir avec un beignet aux pommes. Trou storri.
Si jamais vous entrez sur un parking vide à perte d’œil un mardi matin, prenez bien garde à vous garer sur une place encadrée de ses blanches bandes. Surtout, au grand jamais, ne dépassez d’une demi-roue, car ce bon père de famille qui vous reluque de derrière son volant depuis déjà une bonne minute attendra que vous passiez à son côté pour vous interpeller :
« Z’allez rester garer comme ça, là ?
* Intrigué, je jette un œil au parking : 5 voitures pour 150 places. *
Boudiw ! Ben oué, on n’en a pas pour longtemps… et puis, de toute façon, y’a personne, con.
— Ah ben c’est possible, hein !
— Euh… pourquoi ?
— Ah ben principe, hein ! Comme dit. »
Dans la même idée, rester debout à un concert paraît d’une rare inconvenance et vous encourez l’invective de cet autre sympathique paternel, assis derrière :
« Vous allez rester debout longtemps, là ?
— Ben oui, y’a plus de place et de toute façon, on y verrait rien.
— Ah mais c’est possible, hein !
— Euh… pourquoi ?
— Ah ben, faut du respect, hein ! … Comme dit. »
Sachez-le, principe et respect sont des valeurs localement très appréciées.

Prenez bien garde aussi si vous êtes un jeune. Un vieux con de droite passera toujours inaperçu dans le coin. Cela reste néanmoins la meilleure tenue de camouflage que vous pourriez revêtir. Ou alors, enfilez votre plus gracieux costume d’hortensia. Là encore, vous vous fondrez à merveille dans le décor.
Abandonnez donc à la frontière votre attitude de farouche rebelle gauchisant. Elle ne vous attirerait que malheurs agrémentés de remarques acerbes sur le respect dû à autrui (et non celui dû aux truies, même si en terme de valeur, votre qualité d’étranger vous place sans doute plusieurs échelons en-dessous).

La gastronomie locale, justement. Ah ben, résumons : du gras, du porc et de la patate. Parfois un chou se sera perdu dans cette divine trilogie. Et, aussi, des saucisses colorées. Bien trop colorées, si vous voulez mon avis.

Un dernier point sur la loi en Alsace. De par les circonstances historiques, cette région bénéficie d’une législation pour le moins étrange. Par exemple, ne vous étonnez donc pas si au retour de l’école, votre cher chiard vous demande : « Dis môman [ou pôpa], la maîtresse elle a dit que Djizeus, il est le sauveur du peuple et que l’apocalypse guette tous les païens… c’est vrai ? » Une fois remis de votre stupeur, vous vérifierez la santé mentale de votre morveux. Ensuite, vous découvrirez que l’enseignement religieux est toujours d’actualité dans les écoles publiques et, point non-négligeable, que les ministères amers sont financés par l’état.
Mais bien entendu, toutes les religions ne sont pas concernées : ces mécréants musulmans ne se retrouvent pas dans cette catégorie, en dépit de leur centaine de milliers de fidèles… Ce qui fait certainement plaisir aux fondamentalistes catholiques en mal de croisades, moins aux laïcs, athées et autres agnostiques qui préfèreraient qu’aucune ne le soit.

Je dénonce, je fustige et je pointe, pourtant je connais un Alsacien très sympathique. C’est même l’un de mes amis. Voilà pour preuve irréfutable que je ne fais point ici démonstration d’ostracisme primaire ni de chauvinisme de mauvaise foi, mais bien d’une argumentation sans faille et totalement objective.
Et ne restons donc pas sur une note désagréable. Heureusement que l’Alsace existe… au moins pour ses pinards immaculés. Laissez de côté ces gewurzts et ces sylvaners pour savourer un pinot gris fruité ou un riesling sec. Mmmh… à consommer avec un savant mélange de modération et d’enthousiasme.
En guise de conclusion, je m’excuse auprès de tous ces sympathiques Alsaciens et zaciennes nombreux, je n’en doute pas, à lire mes lignes2. Et si vous pensez que je vais par la suite aborder les vingt-et-unes autres régions de notre contrée, vous vous insérez le bras sous la paupière. Sur ces paroles mesurées, je vous profère :

À la revoyure ! (comme dit)

Arno



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  1. J’ai conscience, par ce terme, de relancer l’éternel débat sur la véritable appellation de cette viennoiserie. ‘Pain au chocolat’ contre ‘Chocolatine’. J’imagine déjà le pugilat si cette querelle en venait à être examinée à l’assemblée nationale. Quant à moi, mon parti est pris et je vous invite à rejoindre vos rangs en toute connaissance de cause concernant cette épineuse question. Car lorsqu’elle dégénérera en guerre ouverte, vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas prévenus.
  2. Je préfère m’excuser, car je n’apprécierais guère que des extrémistes régionalistes locaux me noient dans la choucroute lors de mon prochain voyage en ces contrées. À bon lecteur.

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