#‎FaisCommeLaSNCF: Demande à des artistes de te refaire la déco’ gratos !

Affiche du concours détournée par Jeff Mugnier

Affiche du concours détournée par Jeff Mugnier

 

Lancé en grande pompe début mai, y compris sur le site du Ministère de la Culture, le concours «Sites Artistiques Temporaires» de la SNCF est une arnaque, comme le sont finalement beaucoup de ces «concours artistiques». Son but serait d'offrir une vitrine unique aux artistes sélectionnés, qui pourront investir un bâtiment inutilisé appartenant à la SNCF, pour y réaliser un projet artistique exceptionnel.

Tout d'abord, ce concours est organisé par une toute nouvelle filiale de la SNCF, créée il y a quelques mois, SNCF Immobilier :

Le Groupe Public Ferroviaire a confié la gestion et la valorisation de ses biens immobiliers et fonciers à sa nouvelle entité SNCF IMMOBILIER, dont Sophie Boissard, Directrice, Générale assure la conduite.

— extrait du cahier des charges du concours.

 

C'est écrit noir sur blanc. La fonction de cette société est de valoriser les (nombreux) biens immobiliers et fonciers du Groupe Public Ferroviaire1, et c'est ce que fait Sophie Boissard en organisant ce «concours». La promotion de l'art et de la culture ne font clairement pas partie des objectifs de cette société, ni de sa directrice. Et l'on ne parle même pas de la guéguerre menée par le groupe ferroviaire contre les graffeurs...

Énarque, après dix ans au Conseil d’Etat et un passage à la direction du Centre d’analyse stratégique, Sophie Boissard est nommée directrice adjointe du cabinet de Christine Lagarde peu après l'élection de Nicolas Sarkozy. Fin 2008, sous l'impulsion de Guillaume Pepy, elle est appelée à rejoindre l'équipe dirigeante de la SNCF. Certains la considèrent désormais comme la «numéro 2» du groupe.

capture d'écran http://www.sncf.com/fr/actualite/SNCF-immobilier

capture d'écran http://www.sncf.com/fr/actualite/SNCF-immobilier

La SNCF, l'un des plus grands propriétaires de l'immobilier en France, possède 12 millions de mètres carrés de bâtiments industriels, tertiaires mais aussi de logements. Les lieux mis à disposition des artistes sont des lieux actuellement inexploités, donc «déficitaires» d'un point de vue économique.

Or, on peut lire sur un des sites du Ministère de la Culture et de la Communication, à propos des bâtiments choisis pour ce concours : «Hier exploités pour le transport, aujourd’hui disponibles pour une autre finalité, et demain réhabilités».

«Et demain réhabilités»... D'où la nécessité d'organiser un concours dit temporaire, dont le but non-avoué est d'embellir le plus possible un bien immobilier, de le valoriser, avant de pouvoir le vendre ou le louer au meilleur prix. «Gestion et valorisation de biens immobiliers».

La Tribune consacrait un article à Sophie Boissard l'année dernière : «désormais son objectif est clairement défini, il faut alléger le poids de l'entreprise et donc mieux gérer les actifs immobiliers de la SNCF. L'idée ? Accélérer les cessions de terrains et mieux organiser la gestion des bureaux, des entrepôts, des ateliers et des logements. Une branche dédiée, SNCF Immobilier, va être spécifiquement créée pour mener à bien ce chantier (...) Son souhait est clairement affiché : il s'agit de doubler à terme ces sources de revenus.»

Bref... Business is Business me direz-vous !

Oui, mais non. Enfin... pas pour tout le monde !

Les artistes participants ne seront ni rémunérés, ni défrayés. Si des frais de mise aux normes réglementaires sont nécessaires, c'est également l'artiste qui devra s'en acquitter. Et la SNCF va encore plus loin et exige des artistes qu'ils lui cèdent l'intégralité de leurs droits patrimoniaux sur les œuvres réalisées et présentées dans le cadre du concours...

Marc Goncalves - http://www.imagesdemarc.com/

Marc Goncalves - http://www.imagesdemarc.com/

 

Et quand on leur demande pourquoi ils n'ont pas prévu de rémunérer les artistes participants, leur porte-parole répond, sans gêne que : «[La SNCF] n’est pas une boîte à cash.»

Un hashtag #FaisCommeLaSNCF et une pétition sur change.org viennent d'être lancés par des artistes du réseau streetbook, en réponse à ce concours :

Dénoncez le concours " Appel à Manifestation d'Intérêt de la SNCF

 


 

  1. Nouvelle entité issue du rapprochement de la SNCF et de RFF, suite à la réforme ferroviaire de 2015

Lire aussi:

6 commentaires sur “#‎FaisCommeLaSNCF: Demande à des artistes de te refaire la déco’ gratos !

  1. Moi, je dis qu'il faudrait leur faire une contre-proposition. Organisons tous un concours pour déterminer quelle gare ou quelle ligne de train est la plus accueillante ! Puisque les français non plus ne sont pas des "boites à cash", et compte tenu de la période de crise qui a tant de mal à se résorber, la SNCF est invitée à laisser ses passagers monter à bord de ses trains sans payer leurs billets. La SNCF offrira également des sandwichs et des boissons gracieusement à tout le monde. La gare et/ou la ligne de train la plus accueillante se verra rétribuée par la reconnaissance de ses usagers.

  2. Parce que quand ces mêmes artistes viennent taguer les murs de nos villes ils sont payés peut-être ???? J'aime le streetart, mais vous n'exagérez pas un peu non plus là ? Quand je vois ce qu'on a fait de 5poitnz à New-York, je me dis que l'offre de la SNCF n'est pas si mauvaise que cela... Mais bon...

    • "Parce que quand ces mêmes artistes viennent taguer les murs de nos villes ils sont payés peut-être ????"
      3 amalgames en 1 phrase, tu commences fort, toi...

      "Je me dis que l'offre de la SNCF n'est pas si mauvaise que cela"
      Et donc, offrir à la SNCF tous ses droits patrimoniaux, gracieusement, c'est une bonne idée selon toi? Venant d'un photographe qui colle de gros watermarks très moches sur ses photos, c'est étonnant et quelque peu contradictoire.

      "vous n'exagérez pas un peu non plus là ?"
      Non, et nous ne sommes pas les seuls à faire cette analyse :
      http://www.arretsurimages.net/chroniques/2015-05-20/SNCF-cherche-pigeons-id7746
      http://www.streetpress.com/sujet/1432135245-quand-la-sncf-veut-faire-payer-les-graffeurs-pour-decorer-son-patrimoine

      • Bien... Non content de ne pas du tout répondre à la question posée, tu (on ne se connait pas mais tu me tutoies, donc je me permets à mon tour) m'attaques ensuite en jugeant ma façon de protéger mon travail. Je vais répondre très vite sur ce dernier point et ton jugement de valeur qui n'avait rien à faire ici, sauf à volontairement me chier dessus parce que mon avis ne va pas dans ton sens. C'est gratuit, mesquin et stupide. C'est sûr, tu vas te faire des soutiens de cette façon, mais bref... Dans mon domaine artistique à moi qui utilise le net comme support de diffusion, il n'y a qu'une seule façon de protéger un peu mon travail, c'est l'utilisation d'un "watermark" comme tu dis (moi je préfère parler de "signature"). Tu as le droit de le trouver disgracieux, moche ou même à chier, c'est un jugement de valeur qui n'est que le tien. Il a la taille que j'ai envie de lui donner, et cela ne regarde que moi, puisque c'est mon travail. Mais juste à titre d'info, l'inconvénient d'un watermak petit et discret est qu'il peut être facilement supprimé ou camouflé ensuite. Bon nombre de signatures sur des tableaux de peintres ne me plaisent pas non plus, mais en quoi devrais-je juger leurs auteurs par rapports à cela ? Voilà pour ça.

        Maintenant, rassure-toi, il y a un point sur lequel je soutiens ton action : il ne me parait pas normal qu'on demande aux artistes de renoncer à leurs droits patrimoniaux. Là oui c'est abuser. Mais pour le reste je reste sur ma position : les murs de nos villes sont couverts d'oeuvres dont les auteurs n'ont rien demandé à personnes. Certains sont aujourd'hui célèbres, connus et reconnus et c'est mérité. C'est bien parce que les lieux qu'ils ont utilisé leur ont permis de montrer leur art et leur talent qu'ils sont arrivés à être parfois internationalement reconnus. Alors j'ai peut être utilisé un mot inadapté ou trop restrictif - taguer- pour parler de ces artistes et de ce qu'ils font en matière de streetart, mais le fond de ma question est parfaitement justifié : ces artistes sont-ils payés pour recouvrir les murs et les supports urbains qu'ils utilisent sans autorisation pour exprimer leur art ???

        Voilà, c'était juste ma question, comme mon opinion, et mon droit de l'exprimer puisque tu ouvres ici une fenêtre publique sur le sujet. Il faut accepter aussi alors qu'on s'interroge ou qu'on ne partage pas entièrement ta vision du truc (car encore une fois, sur les droits, je suis totalement en accord avec ta position).

        Bien à toi malgré tout.

        • Où as-tu lu un jugement de valeur de ton travail, on s'étonne juste du fait que tu trouves que "l'offre de la SNCF n'est pas si mauvaise que cela" alors que dans le même temps, tu fais tout ce que tu peux pour faire valoir TES droits à TOI, au point de "rendre moche" tes clichés avec un gros watermark en plein milieu. Mais si c'est du street-art dont il s'agit, oh ben là, c'est pas grave : "ces artistes" travaillent gratos d'habitude, alors... [qu'ils se réjouissent qu'on veuille bien leur donner quelques ruines à gribouiller et qu'ils la ferme et qu'ils ne viennent pas taguer [NOS] villes].

          En substance, c'est un peu ça ton discours, non ?

        • "ces artistes sont-ils payés pour recouvrir les murs et les supports urbains qu'ils utilisent sans autorisation pour exprimer leur art ???"

          Une petite chose que tu sembles oublier, c'est que ce concours ne s'adresse pas en premier lieu aux graffeurs, mais à toutes les catégories artistiques.

          En outre, beaucoup de graffeurs travaillent avec autorisation des propriétaires "des murs" et sont rémunérés pour leurs oeuvres, par des mairies, des écoles, des locaux associatifs, lieux privés... Certains artistes de street-art sont très accrochés à leur droits (Miss Tic poursuit tout photographe qui reproduit ses oeuvres sans autorisation, par exemple).

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