Le Journal de M. Mort : « Pourri »

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Retrouvez les 2 premiers extraits du Journal de M. Mort :
Le Journal de M. Mort : « Qui Tue Un Chien »
Le Journal de M. Mort : « Le Premier »


  « Pourri »

 

Où est le mal, où est le bien ?

Au gré de mes contrats cette question souvent me revient. Dans notre société les valeurs fondamentales sont bousculées, tout est devenu relatif : La faim justifie hélas les moyens. Mais les lois ne valent pas pour les sphères supérieures, uniquement pour le peuple ; Pour le citoyen. Les exemples d’impunités diplomatiques font légion et les vrais crapules sont à la tête de grandes multinationales, de confréries secrètes et de nations. C’est là que nichent les as de la prédation, les vrais requins. Le reste n’est que petit poisson, du menu fretin. Le petit dealer de shit qui arrondi ses fins de mois pour mieux subvenir au besoin de son fils ne s’enrichit pas de ses vices, il se contente de survivre. Il s’agit de manger et de se vêtir… Je ne parle même pas de se divertir. Nous vivons une époque où cela devient un luxe de sortir. Et à coté de ça, le train de vie des élites et du star système est affiché sans vergogne par les médias. Alors nous nous disons, « pourquoi eux et pas moi ? » Une débauche d’étalage de faste et de réussite, que cela soit sur le papier glacé des magazines ou derrière l’écran de télévision ; notre société est devenue une « vitrine à tentations », grosse et incontrôlable machine de consommation fonctionnant en majeure partie sur la jalousie, le désir et la frustration. Avant de devenir assassin professionnel, je luttais pour ma pitance, rageant de ne pouvoir m’offrir une garde robe qui ai plus de prestance. Il aura fallu que je devienne malhonnête pour avoir de l’élégance. Tant que je filais droit, j’étais dans le besoin, l’urgence. Car ce monde ne félicite pas l’honnêteté, il félicite la combativité et l’impertinence. Il félicite l’opportunisme et le vice. « Soyez carriéristes, ou soyez rmiste » Ou smicard, pour être un peu moins extrémiste. À moins que vous ne soyez lardé de diplômes et donc en mesure d’occuper de haut poste, il va falloir faire preuve de pugnacité et d’initiative. Monter une boite, trouver un bizness, légal ou pas. Le tout est d’avoir sa part du festin, des miettes du méga-repas dont se gave les puissants. J’avoue travailler régulièrement pour ces gens. Ils me payent grassement et à force, on pourrait presque dire que je fais partie de leur camp. J’ai désormais les moyens de m’offrir ce que je veux, plus de soucis d’argent. Mais il aura fallu que je bascule dans l’illégalité pour atteindre ce statut de nouveau riche. Ainsi je comprend tout ceux qui versent de ce coté, tout ceux qui trichent. Ceux qui prennent des risques, Braquent la Brink’s ou fraudent le fisc.

photo credit: gcfairch cc

J’ai un point commun avec toutes les crapules de cette planète : nous sommes fait du même bois et sommes tous du même coté de la barrière, loin des lois de la république. Nous n’avons que faire des décrets, amendements ou tout autre élément d’arsenal juridictionnel, Mais nous aussi avons notre code et notre Table des Lois Parallèles. Et j’aime penser en être le serviteur fidèle. Car le crime lui aussi a besoin de ses autorités de régulation. C’est une chose que la mafia italienne a toujours compris, pratiquant le nettoyage interne depuis des générations. L’IGS n’a rien inventé, n’en déplaise à ses patrons.

A ce propos, j’ai une théorie sur le lien ténu unissant la police et le criminel. Simple, elle consiste à dire qu’un bon flic ferait un bon bandit, et vice versa. Certes les deux se trouvent de deux cotés différents de la ligne, mais leur regard sur le monde se fait selon le même angle : celui du Vice. Pour perdurer dans le milieu, un bandit doit être capable de raisonner comme un poulet, de voir avec ses yeux et d’entendre avec ses oreilles. Sans cette empathie, il se fera prendre sans trop attendre. Et il en va de même pour l’agent de police ; S’il espère faire de belles prises, il faut qu’il ait du vice. Un flic naif et innocent ne fera pas long feu. Le meilleur exemple ce sont ces agents infiltrés. Comédiens ou schyzophrènes, on peut voir ça comme on veut, le principal est que pour être efficace ils doivent devenir comme ceux qu’ils traquent. Adopter leurs mimiques et expressions, reléguer aux oubliettes tout ce qu’ils ont d’officiels pour faire ressortir ce qu’ils ont d’officieux en eux. Ils doivent trouver un voyou en leur for intérieur, tout comme je dois chaque jour trouvé l’inspecteur et le profiler en moi ; il en va de ma survie. Je connais tout des modes opératoires de la police, que cela soit la criminelle ou la scientifique. J’ai appris leur manuel, je maîtrise leurs techniques d’investigations, leurs procédures d’interventions. Je sais comment travaillent le légiste et le chimiste ; j’ai toutes leurs connaissances. Je suis ce qu’on peut appeler un extrême autodidakt. Lorsque je me penche sur une question, je ne m’arrête pas avant d’avoir fait le tour de tout le domaine qu’elle concerne. Et la chimie est très utile pour un tueur à gages. Cette science permet d’effacer toutes traces, de brouiller les pistes avec aisance… Grâce à elle, j’ai pu tuer des gens sans avoir à les toucher, à distance. C’est également la chimie qui m’a permis de lisser mes empreintes et de rendre mes doigts plus anonymes que ceux d’un nouveau né. J’ai appris à fabriquer soporifiques, hallucinogènes, poisons et toutes sortes de drogue de synthèse. Les explosifs aussi n’ont plus de secrets pour moi, il n’est rien de plus aisé que de concevoir du mortier ou du plastique. Nous avons tout à portée de main, la recette et les ingrédients ; Il suffit de savoir chercher efficacement.

photo credit: bestarnsCC

 

Pour ma part, ma principale source d’information est le réseau internet. Je n’ai pas peur des alarmes gouvernementales qui se déclenchent suite à l’usage de certains mots clés car je suis intraçable. Cela m’a pris plus de trois années, mais je suis désormais inrepérable. De ma conception, le système informatique que j’utilise me fais changer d’adresse IP cinq fois par minute. Mais revenons à nos moutons noirs, j’ai nommé les agents de la maison poulaga. Il y a moins d’un an de cela, on m’a mandaté pour refroidir un commissaire véreux, Jacques Moussamba, dit Jacquot. Originaire d’Haïti, Jacquot débarque en France à l’age de douze ans, accompagné de ses parents et de ses deux sœurs et rêvant d’être agent de police de notre belle république. À la fin de sa vingt cinquième année, il sort donc diplômé de l’école poularde la tête encore pleine d’idéaux de justice et d’équité. Mais c’était avant qu’on lui accorde sa part de pouvoir…et que ce dernier commence à le ronger. Selon lui Policier était le plus beau métier du monde. Au service de la populace, voué à l’aider, à la protéger ; on ne pouvait trouver job plus utile et noble. Courir à la rescousse de la veuve et de l’orphelin, traquer les criminels comme de vulgaires marcassins, empêcher les délits et larcins… Mais Moussamba n’en fit rien. Criminel, ce fut peu à peu ce qu’il devint. En moins d’un an, il bascula du coté obscur de la force (de police) ; celui des pourris. Ceux qui se gavent, réquisitionnent officieusement, passent à tabac ou réduisent au silence. Trop tentant, car un flic honnête ne risque pas de manger à la Tour d’Argent. C’est un peu cela le problème avec ce métier. Le poulet s’aperçoit vite que ses cibles ont un bien meilleur train de vie que le sien, et le fait de les emprisonner n’y change rien : le flic honnête reste en chien. Les beaux idéaux ne remplissent ni le frigo ni le réservoir de la wago. Ils ne payent ni grosse Merco' ni vacances à Acapulco, et quand ils ne sont pas profondément ancrés et sincères, les idéaux s’en vont comme un château de sable emporté par les flots. La famille de Moussamba avait quitté son bidonville dés le début de la guerre civile, Jacquot était un cliché : défavorisé, enfance démunie, à force de n’avoir rien, on finit par vouloir tout. À fortiori lorsqu’on dispose d’une relative impunité et d’une certaine liberté d’action. Ainsi l’Haitien avait franchi les échelons, de moins en moins regardant sur le code de déontologie de sa fonction. Extorsion de fond, dissimulation de preuves à convictions, rafles nocturnes et intimidations, tout pour le pognon. Une escalade qui le mena jusqu’à moi ; le retour de bâton, la Sanction.

Masque de bourreau
Musée de la Torture - Rothenburg, Allemagne.
photo credit: Steve CoreyCC

 

Je dois avouer que je n’ai jamais porté les forces de l’ordre dans mon cœur, et je me fis une joie de refroidir ce commissaire divisionnaire, cet idéaliste qui avait retourné sa veste jusqu’à se comporter comme un horrible pervers. Dans cette sordide histoire, je fus chaudement recommandé par un ancien mercenaire expert en récupération d’otage et à présent recyclé dans le consulting en sécurité et la protection d’hommes d’affaires. Son commanditaire me fut présenté dans son cossu bureau ; au dernier étage de l’interminable tour de verre construite pour accueillir les troupes de ce géant de l’agro-alimentaire. Bien que cela ne transparut pas une seconde, le dossier qu’on me présenta me mis très rapidement les nerfs. Le petit classeur présentait Jacquot ainsi qu’une grosse partie ses exactions, en insistant plus particulièrement sur la dernière. Celle qui avait trait au neveu de l’homme d’affaire. Le dénommé Brian, orphelin recueilli par Tonton Rémini suite à la perte de ses parents alors qu’il n’avait qu’une dizaine d’années. 19 an, né avec un thermomètre en or dans le fondement, le genre de gosses qui ne connaît pas la définition des mots nécessité et affamé. Pourri gâté, à peine son permis passé, Tonton fait péter la coccinelle dernière génération à son neveu adoré. Noire, spoiler à l’avant, aileron à l’arrière ; gentes chromées, de quoi largement se la raconter. C’est d’ailleurs en partie grâce à ce premier véhicule non mérité qu’il avait rencontré Jennie (pour Jennifer) ; encore une que Mère-Prénom n’avait pas bien lotie. Mais au moins ces deux là s’étaient ils trouvés : Brian et Jennie, rejetons d’occidentaux américanisés…

La petite Jennie était en fait la victime direct de l’affaire qui m’avait mené ici. Protégé par son énervante bonne étoile familiale, Brian lui n’avait eu aucun soucis. Voici donc la triste histoire qui me fut raconté dans le bureau de M. Rémini : Nous sommes samedi, jour préféré des tenanciers de boites de nuits. C’est le soir où celles ci se remplissent de clones de Brian et Jennie. Ce samedi là donc, accompagné d’un couple d’amis, les faux amerloques se rendent au Diamant Noir, un des club hype de la capitale, repère officiel de la jeunesse dorée façon « Ricky ou la belle vie ». Le genre d’endroit où je n’ai jamais pu tenir plus d’une heure sans avoir de violentes envies. Mais eux quatre y passent une sublime soirée, défoncés sur la piste de danse. Ca se déhanche lascivement sur les derniers sons tendances, ça picole, ça sniff, ça s’en met plein la panse, Car comme de bien entendu, Brian et Jennie ont avec eux la bonne panoplie de substances. Ce week-end ils ont d’ailleurs eu les yeux plus gros que le ventre et ne consomme qu’un petit tiers de leur stock, ressortant du club au petit matin avec un bon butin. 8 grammes de coke, 13 gélules d’exta et environ 10 grammes d’herbe ; pas rien. Il suffira de ces quelques grammes illégaux dans le sac de la jeune fille et d’un contrôle de police pour que bascule son destin. La patrouille est placée de manière stratégique, non loin de la discothèque, étalée autour d’un rond point. Cet endroit rapportait bien en contraventions pour alcoolémie, et il y avait parfois de belles saisies, aussi les uniformes de service ce matin ne se gêne pas pour fouiller au corps les quatre occupants de la Coccinelle, y compris les donzelles. « -Pupilles dilatées, haleines alcoolisées, je suis sur que vous avez quelque chose à cacher demoiselle ! » La fliquette en charge de cette tache, un jeune garçon manqué, fait d’ailleurs preuve de zèle, Allant jusqu’à passer ses doigts sous les soutiens-gorges et les culottes en dentelles. Les deux bourgeoises éméchées n’ont pas l’habitude d’être ainsi malmenées et des larmes naissantes ruissellent sur leur remale. Mais c’est finalement dans le sac de Jennie que les agents trouveront de quoi se mettre sous la dent. À ce moment la situation se tend comme la corde d’un arc et l’équipe de fêtard se retrouve menottée et entassée à l’arrière du véhicule blanc. « La fête est finie les enfants, commente le plus gradé des poulets en faisant rentrer Brian. Vous allez venir vous expliquer au commissariat ! » Brian n’en revient pas de sa malchance, s’excusant discrètement d’avoir mêlé ses amis à tout ça. Conscient que son oncle le sortira aisément de ce mauvais pas, le neveu Rémini tente dés le départ d’endosser la faute, mais c’est hélas sur Jennie que l’on a trouvé les produits et les efforts du jeune homme ne paient pas. Moins de vingt minutes plus tard, les deux couples sont séparés, une cellule pour les filles, une pour les gars. Il est 05 h 03 dan le poste de police des Lilas ; et l’officier de permanence ce week end n’est autre que Jacques Moussamba. Assis à son office, il regarde arriver le quatuor d’interpellé et dès lors qu’il aperçoit la sublime blonde, l’Haïtien oublie le reste du monde. Dans la seconde son cœur s’emballe. Coureur de jupons chevronné, il a déjà éperonné de somptueuses créatures, mais son tableau de chasse n’affiche pas encore une telle vestale. Il est hors course avec un engin pareil, et il le sait parfaitement : ce genre de femmes n’est pas pour les hommes de sa classe sociale. Mais peut être pas aujourd’hui, songe t-il en regardant la déesse de platine s’éloigner tant bien que mal dans ses dédales. Se débattant du mieux qu’elle peut, la classieuse jeune femme ondule telle une anguille pour se soustraire à la poigne de fer qui la dirige sereinement vers sa cellule. Et plus elle gesticule, remuant ses formes dans la deuxième peau de sa robe fuseau, plus le sang de l’Haïtien fait des bulles, bouillonnement sexuel dont l’épicentre se situe au niveau de ses testicules.

 

Les permanences et les astreintes ça ne lui avait jamais plu, mais ce matin Jacquot ne regrette pas d’être venu au turbin. Il quitte le site de Turf où il passait le temps avant que la providence n’arrive, puis rejoint ses subalternes pour savoir ce qui lui vaut la visite de tels convives. Et lorsqu’il en apprend les motifs, Jacquot imagine sans mal comment arriver à ses fins, quels leviers il faut qu’il active. Évinçant le reste de l’équipe, il prend l’affaire en main et décide de commencer les interrogatoires sans plus attendre. « Isolez moi la blonde dans une cage perso, on va les travailler chacun leur tour ! » Le temps que cela soit chose faite, et un plan prend forme dans la tête du vautour. L’inspecteur se doute bien que la jeune et belle ingénue n’est pas la propriétaire directe de la drogue. Un coup d’œil à la petite équipe lui a suffit pour le sentir, et un petit approfondissement grâce à l’ordinateur de la police le lui confirme : la plantureuse blonde n’a pas les moyens de s’offrir une telle quantité de produits. Mais il n’en va pas de même pour son petit ami. C’est assurément lui le « chef » de cette petite bande de toxico multicartes ; le dénommé Brian Remini. Mais au lieu de faire ce que lui ordonne logique et déontologie, au lieu d’aller cuisiner le Brian ; Jacquot décide de se concentrer sur la jolie. Car il n’a que faire de s’entretenir avec ce neveu d’hommes d’affaire, Tout ce qu’il désire c’est impressionner la dite Jennifer, Jusqu’à ce qu’elle le laisse tâter de sa chair. Tendre et laiteuse, imagine t’il en progressant vers la cellule où la demoiselle se ronge les ongles, déjà toute proche de la crise de nerfs. Lorsqu’il pousse la porte de fer, la jeune fille sursaute et pose sur lui des yeux méfiants, semblant deviner ce que lui réserve son tortionnaire. Du chantage affectif, dans sa version la plus perverse. Il s’agissait de faire croire à cette petite que ce qu’il allait lui faire, c’était pour son bien. Que c’était là le seul moyen pour elle de ne pas aller croupir en taule. Et si ce chantage ne marchait pas, il lui resterait toujours la menace. Mais Jacquot espère ne pas avoir en arriver la. Il n’a pas particulièrement envie de lui faire mal, il désire uniquement prendre du plaisir avec cette pouliche d’enfer. Et c’est ce qu’il fera, poussant le vice jusqu’à se permettre des préliminaires Dés son entrée dans la cellule, Moussamba perçoit la vulnérabilité de Jennie tel un lion flairant la peur de la gazelle qu’il s’apprête à dévorer. Il n’allait pas avoir trop de mal à la pressuriser. Deux ou trois chichis tirés de films policiers feraient l’affaire à n’en point douter. Il allait être son Bad Lieutenant, pour une représentation privée, à guichet fermé… Et en effet, la résistance de la jeune femme est de courte durée. Encore enivrée et droguée par tout ce qu’elle a ingurgité au cours de la soirée, elle se laisse aisément convaincre qu’elle va finir emprisonnée pour de bon si elle ne satisfait pas les caprices de cet officier en fonction. « Laisse moi m’occuper un peu de toi et je passerais l’éponge, ce sera comme si toi et tes amis n’aviez jamais mis les pieds ici… » C’est là la dernière phrase qu’il prononce avant de commencer à fouiner dans la dentelle charnelle de sa victime. Passé ce stade, Jacquot n’émet plus que des râles et des grognements, sons qui resteront gravés à tout jamais dans les tympans de la demoiselle. Elle ne se débat même pas. Au cœur du territoire de son prédateur, elle ne voit aucune issue si ce n’est de se laisser faire en espérant que cela finisse vite. Mais pour son plus grand malheur le commissaire n’est pas un lièvre…

Il s’écoule ensuite prés d’un mois avant que la jeune fille ne craque et que le secret de cette triste matinée ne franchisse ses lèvres. Le neveu Rémini rentre alors dans un courroux digne d’une éruption. Cela fait plusieurs semaines que le grand ado mène sa vie de couple dans l’incompréhension. Depuis que sa compagne ne se laisse toucher qu’a contrecœur, sans toutefois vouloir lui donner de raisons. Mais à force d’insistance et de questions, il parvient à faire sortir sa dulcinée de ce mutisme, réalisant que tout cela avait commencé dés le lendemain de leur passage entre les mains de Moussamba et de ses bras droits. En apprenant la sordide nouvelle, il se sent comme le plus gros des abrutis, le crétin lambda. Les faits n’étaient pourtant pas difficiles à rapprocher… Brian réalise alors avec honte à quel point ses neurones sont amochées. Mais comment rester connecté à la réalité quand on est tout l’temps déchiré ? D’un autre coté, pour sa décharge, comment ne pas passer son temps à s’amuser lorsqu’on a assez d’argent pour passer le reste de sa vie dans l’oisiveté ? N’importe qui se laisserait tenter, mais toujours est t’il que le sang du jeune homme ne fait qu’un tour. Inconscient, son premier réflexe est de foncer s’en prendre à celui qui a salement violé son amour. L’impétueux gamin ne réalise pas bien le danger de se frotter au commissaire haitien… Hormis le fait qu’il soit armé, le personnage est dangereux de nature. Celle ci a doté Jacquot la Crevure d’une force colossale et d’une massive ossature. Une force herculèenne, et une carrure de Dolmen. Il n’aurait fait qu’une bouchée du branleur, quand bien même celui ci était à bloc de haine. Mais la voix de la raison est heureusement la pour lui remettre les pieds sur terre, incarnée en la personne de Jennifer. Celle-ci le retient alors qu’il fonce dans son garage et y empoigne une illusoire barre de fer. Prudence féminine ? Que nenni ! C’est juste que Jennie a senti. Elle a senti le Mal qui habite cet homme, elle a vu la pourriture au fond de ses yeux, elle a gouté de sa violence intrinsèque… Et la dernière chose qu’elle désire à cet instant est qu’il s’en prenne à son mec. Avec une incommensurable difficulté, Brian prend sur lui et accepte de ne pas bouger ; mais les larmes aux yeux, il formule la promesse qui m’a fait travailler : « Ma douce, je te jure qu’on va te venger ! » Le ton est celui de la culpabilité, et il rajoute en regardant ses pieds : « Je te jure que cet enfant d’putain va crever ! ».

 

Sauf que ce ne fut pas sitôt dit sitôt fait. Car la grosse erreur de l’oncle fut d’attaquer Moussamba en justice, de tenter le procès. Le pdg voulait envoyer le flic en prison et qu’une fois sur place, un détenu soudoyé le tue, Mais ce fut peine perdue. Les avocats de l’homme d’affaires étaient parmi les plus compétents, mais l’accusé n’était pas n’importe quel flicaillon non plus. Il s’agissait là de ce qu’on appelle un « maitre chanteur ». Il faut savoir qu’avant d’être promue à la tête d’un comico, l’Haitien avait trainé ses guêtres dans tout les services de la police, des huiles de l’IGS aux stups en passant par les mœurs et son lot de putes et de toxicos. Jacques Moussamba avait bouffé du terrain et fouiner dans pas mal de termitières, découvrant ainsi pas mal de secrets, baignant dans des affaires qui lui donnaient accès à un certains nombres d’informations sensibles. Enquêtant souvent sur les puissants, il était au jus de faits très compromettants. Il tenait par les couilles des entrepreneurs nationaux, des animateurs télé, des préfets, des juges et même quelques ministres et proches collaborateurs du président. Il savait qui était sadomaso, qui aimait secrètement les petites filles, qui s’en mettait plein le pif ou les veines, qui aimait couché avec des animaux ; tout un tas de ragots croustillants dont la presse et le grand public sont friands… Je suis d’ailleurs prêt à parier qu’a compter du jour ou je lui fis passer l’arme à gauche, un grand nombres de notables vécurent leur vie plus sereinement. Avant de l’envoyer ad vidam eternam in inferno, peut être aurais je du lui faire cracher les infos du chantage pour reprendre le flambeau… Car en 9 an de bons et loyaux service, Jacques Moussamba avait tissé bien plus qu’un réseau d’influence, il ne s’était pas fait que des amis mais était dorénavant un des flics les plus puissants de France. Ainsi, même sa hiérarchie directe n’osa pas lui faire trop d’offense. Il ne fut même pas définitivement rayé des listes des effectifs de la police, juste mis à pied pour une durée indéterminée. Quant à une peine de prison, il était fou d’y penser. D’autant que l’horrible poulet n’avait laissé aucune trace lors de son méfait, Le rapport sexuel fut protégé et il veilla bien à ne pas griffer ni se faire griffer, à ne pas trop saliver. Et puis en un mois, la jeune fille avait eu cent fois le temps de se laver… L’orgueuil de Tonton Rémini en pris donc un gros coup le jour du verdict. Lui qui se croyait si puissant réalisa qu’il y avait toujours des arcanes qui lui étaient inconnues et interdites.

La soif de vengeance de son fils-neveu n’étant pas épanché, il demanda alors conseil à son principal garde du corps. « On n’peut pas laisser s’en tirer impunément ce sale porc ! S’il s’en sort, il violera encore, et jusqu’à mon dernier souffle je serais miné par le remord ! » Et le plus intelligemment du monde, le Body Guard lui conseilla de faire appelle à moi. « M. Mort, sourcilla Remini avec l’air ne pas trop comprendre. Je n’connais pas de M. Mort » « Et c’est pour ça que je suis la patron, moi je le connais. Enfin, je sais qu’il existe. Il est cher, mais sa réputation n’est plus à faire. » « Vous êtes en train de me parler d’un mercenaire, ni plus ni moins. Le prix n’est pas un problême et vous le savez, je veux que ce soit fait dés demain. » « Euh, patron, les choses ne sont pas si simples. Il ne s’agit pas vraiment d’un mercenaire. C’est-ce que j’étais avant de me mettre à votre service, lui c’est un genre de tueur à gages, je serais tenté de dire le meilleur… » « C’est un tueur, parfait, et bien qu’il le tue dans ce cas, dés demain ! » « Il ne tuera personne demain Monsieur. Cet homme ne fonctionne pas comme n’importe quel assassin sur contrat. Il voudra tout savoir de vos raisons, tout savoir sur le dossier avant de se décider. Et c’est lui qui fixera le jour de son attaque j’en ai bien peur » Rémini fulmina deux secondes à l’idée d’attendre et de laisser encore un peu de répit à Moussamba, mais il n’avait guère d’autres choix. « Soit, reprit il, qu’il fixe ce qu’il veut et qu’il soit au fait de tout ce qu’il désire. Tant que ce sale flic disparaît je ne saurais que me réjouir ; peu m’importe le moment et la manière que ce M. Mort choisira pour y parvenir. ».

Les nerfs du jeune Brian furent donc mis à l’épreuve un mois et demie de plus, le temps que je me décide à intervenir. Il y avait plusieurs raisons à cette longue attente, la première étant la suivante : Si Moussamba mourrait juste après leur action en justice ratée, la Famille Rémini serait suspectée de manière plus qu’évidente, pour le comprendre pas besoin d’être rapide à la détente. Et si ils étaient soupçonnés cela pouvait me conduire à les réduire au silence, car M. Rémini fait partie de ces hommes en qui je n’ai absolument pas confiance. Ces foutus lavettes de la finance n’ont aucune résistance et passent facilement aux aveux, ce sont des balances en puissance prêt à tout pour s’éviter soucis et souffrances. Donc autant éviter de mettre cette petite nature au pied du mur ; car si je me mettais à supprimer ma clientèle j’aurais bien vite des problèmes de pitance. La seconde raison était qu’on ne tuait pas Jacques Moussamba à la légère. Ma cible avait déjà ôté la vie à plusieurs reprises, certes moins que moi, mais après m’être renseigné je constatais que j’avais quand même affaire à un expert. Le genre de gaillard au réflexes affûtés et avec une paire d’yeux derrière. Je pris donc mon temps, surveillant de loin la vie de l’ancien commissaire. Quelques jours après la signature tacite de ce contrat, j’attendis qu’il quitte son domicile pour y placer deux micros, un dans son salon-cuisine et l’autre directement dans son téléphone filaire. Et tout en transformant sa vie en statistiques, tout en analysant ses horaires, je pensais à la façon dont j’allais terrasser cette vipère. Mon idée première fut de lui trancher le sexe pour lui coller dans le derrière, Histoire qu’il comprenne avant de quitter cette terre ; Mais un tel modus opérandi désignerait les Rémini aussi clairement que si je l’avais tué juste après son acquittement. Cependant, je ne pouvais pas me résoudre à le tuer en un éclair. Je ne pouvais certes pas encadrer ce Rémini, mais c’était bel et bien de Jennie qu’il s’agissait ici. D’une jeune fille fragile et d’un sale type qui l’avait traumatisé pour assouvir une vulgaire envie. Le reste était accessoire. Ce salopard méritait un traitement de barbare ; Je voulais le voir se transformer sous mes yeux en un pleurnichard. Je voulais qu’il souffre, et pour cette mission, le flingue resterait sans doute au placard… À la place j’utiliserais Curare et Poignard… À moins que je ne le plonge dans de l’eau bouillante comme pour cuire un homard… Ou que je ne laisse sa peau s’imbiber d’acide tel un buvard. Je pouvais aussi l’enfermer dans une rotissoire ou le jeter dans un laminoire… Il me fallait trouver le bon traquenard pour ce Père fouettard, Qu’il emprunte le chemin le plus douloureux vers le mouroir, Qu’ardue soit la route de son corbillard…

Photo par Bruce Turner

 

J’eus finalement recours à un mélanges de techniques pour le moins exotiques, décidant que Moussamba testerait certaines choses que je n’avais encore jamais mis en pratique. La première étape fut son kidnapping. J’ai toujours particulièrement aimé les enlèvements. J’adore le moment où l’otage reprend conscience, cette stupeur et cette incompréhension dans leur regard face à un endroit qu’il n’ont jamais vu avant. J’adore les voir se débattre dans la camisole artisanale que je leur ai fabriqué spécialement. La débordante énergie qu’ils gaspillent à cet instant démontre à merveille à quel point l’instinct de survie humain est puissant. Comme s’ils avaient la moindre chance de se défaire de mon bondage. De film plastique ou de ruban adhésif, de fil de fer ou de simple cordage, Je suis toujours ravi de ligaturer mes otages. Mais avant cela j’attend toujours que l’anesthésiant se propage, Que ma victime soit au moins aussi comateuse que l’occupant d’un sarcophage. Ce qui pris presque un quart d’heure pour Jacques Moussamba. Le type était gros, j’avais donc mis la dose d’un cocktail Ether-Chloroforme-Kétamine, prévoyant même une seringue de rab au cas où l’énergumène se réveillait pendant le transport. J’avais décidé d’innover pour sa mise à mort, démarche louable, mais mon idée compliquait un peu la logistique et nécessitait de faire beaucoup de kilomètres. Après avoir pour la première fois de ma vie acheter des insectes, j’allais maintenant devoir traverser une bonne partie de la France en charriant le corps de ce flic à demi-mort. Risqué, mais dans l’absolu ce n’était pas un réel souci, mon van étant équipé d’un judicieux double fond capable d’accueillir deux mastodontes du gabarit de Moussamba. Et je défiais quiconque de déceler cette cache dont la création m’avait pris plusieurs mois. C’est que M. Mort ne laisse jamais rien au hasard, il ne peut se le permettre. J’aime maîtriser tous les paramètres, et puis il faut ce qu’il faut pour changer un meurtre en œuvre de maître.

Je conduisais le somnolent commissaire à Anduze, petite commune du Gard, haut lieu de la fabrication de poterie depuis le XVIIe siècle… Voilà la pour la petite leçon de Géo-Histoire. Ce n’étaient pas les créations de terre cuite et de faïences qui m’amenaient dans le coin avec mon drôle de gigot dans le coffre. Moi, je venais pour la Bambouseraie. De renommée internationale, cet immense parc floral spécialisé dans le bambou était la principale attraction locale, ce du 1er mars au 15 novembre. Ma patience était donc finalement récompensée, le site était fermé, j’allais pouvoir opérer en paix. À son réveil, Jacques Moussamba serait solidement immobilisé au dessus d’un buisson de Bambusa Phyllostachys et je lui glisserais dans les oreilles une mini colonie de fourmis rouges dites Myrmica, si c’est pas mimi ça ! Ensuite je reboucherais ses deux organes auditifs à l’aide cire fraîche, et les fourmis chercheraient une autre issue ; creuseraient leur brèche. Je lui avais combiné une mort sous le signe de l’Asie. Effectivement, ce sont respectivement les viets-cong et les khmers qui mirent au point les supplices que j’allais essayer sur lui aujourd’hui. Tant de cruauté ne me ressemblait guère mais j’admets que cette mission fut une de celles où j’eus le plus du mal à rester professionnel. Pourquoi diantre en voulais-je à ce point à M. Le Commissaire ? Encore aujourd’hui cela demeure pour moi un mystère, La jeune Jennie n’avait pourtant pas plus d’importance que ça à mes yeux et si elle eut été ma cible je l’aurais abattu sans sourciller ; alors pourquoi vouloir à tout prix voir ce Moussamba dérouiller plus que tous les autres que j’avais tué ? Sans doute car c’était mon premier violeur ainsi que mon premier flic ; et que les deux dans le même corps, ça faisait beaucoup ! Je trouvais ça ignoble. Infect, dégoutant, abominable. Puisqu’il se prenait vraiment pour le grand méchant, j’allais lui affliger l’atroce, l’odieux, le cruel, l’effroyable ! Le principe de la torture du bambou est le suivant : Installer et maintenir le sujet en position assise, le conduit anal juste au dessus d’un bambou que vous avez incisé au préalable. Pour que le châtiment soit des plus efficaces, le martyr ne doit pas pouvoir esquisser le moindre mouvement et la forme de l’excision compte autant que le choix de l’espèce de Bambou. Voilà pourquoi j’avais du venir jusqu’ici, seul endroit de France où pousse ce type de Phyllostachys, dont la croissance varie entre trente centimètres et un mètre par jour. Tout le charme de ce calvaire réside en le fait que si la position du souffre douleur est bien étudiée, la tige évitera les organes vitaux et occasionnera de terribles blessures internes pouvant s’étaler sur nombres d’heures, voir de jours. Le but ultime étant que le roseau ressorte par le cou, ou classe ultime, par le sommet du crane. L’horreur ultime vous l’aurez compris, exactement ce qu’il me fallait pour ce pourri. La bambouseraie déserte avait des allures de jungle fantôme et camouflé dans la brume de cette nuit, je passais un long moment à tailler les bambous qui fraieraient bientôt leur chemin en Moussamba, tout en calculant dans ma tête l’assise qui le ferait souffrir au maximum. Lorsque ce fut chose faites, je ré-administrais une dose d’anesthésiant au flic le temps de le dévêtir et de le camisoler solidement au dessus du végétal, entravant également sa bouche avec du film alimentaire. Ce fut là un de mes plus beau travail de chevillage. Non sans mal, j’encordais le corps quasi-nu de l’haitien comme un gros pantin désarticulé puis tirais de toutes mes forces sur les points d’ancrage du dispositif pour m’assurer que ceux ci ne céderaient pas lors de l’éveil du monstre. Mais l’installation était totalement inébranlable.

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Satisfait, je contemplais le superbe tableau que je venais de créer, me demandant tout à coup si ce n'était pas suffisant. Comblé par la beauté et la cruauté de mon plan, j'hésitais maintenant à me contenter de cet unique châtiment. J'hésitais à laisser les fourmis rouges dans leur bocal, et le bocal dans mon sac. Peut être m'étais je un peu enflammé en voulant lui affliger deux punitions pour le prix d'une. Peut être que Jacquot ne méritait pas cette double peine. Mais les Fourmis justement n'avaient pas l'air de l'entendre de cette antenne, se ruant en vagues successives contre le couvercle de leur prison et semblant très motivées par l'activité que je leur proposait en cette fin de semaine : creuser dans de la cervelle humaine. Cette torture d'inspiration Khmer était simplement magnifique: Vous déversez dans les oreilles de votre prisonnier une centaine de fourmis de votre choix (plus elle sont hostiles mieux c'est), puis vous scellez les deux organes avec de la cire de bougie. Il y aura bien entendu quelques fourmis assez stupides pour s'engluer dans la matière, mais la plupart s'en sortiront et entreprendront de sillonner le cerveau et ses artères, fouillant et forant l'intime chair, cherchant aveuglement un chemin pour prendre l'air. J'essayais de me figurer la sensation que cela devait procurer, mais je n'y parvenais guère. Le seul moyen d'en savoir plus la dessus était donc de le faire. Ok, il ne s'agissait pas de mon cerveau et je n'aurais pas le point de vue le plus objectif, mais la nature et l'ampleur des tourments m'apparaitrait néanmoins juste en observant les réactions du commissaire. À condition que Messire Moussamba soit conscient; cela va sans dire. Dans le cas contraire les données seraient moins collectables, le test moins probant. Pour que cette sanction soit valable, il fallait qu'il sente chaque fourmi pénétrer son tympan. Avant même que leurs mandibules excavatrices creusent dans ses hémisphères comme dans du sable, il devait sentir leurs petites pattes trotter allègrement. Jouissif.... Le seul inconvénient de cette pratique est qu'elle n'est pas mortelle à tout les coups, cela dépendant du trajet emprunté par les insectes. Or je ne pouvais raisonnablement pas laisser des fourmis décider du sort de cet être abject. Voilà pourquoi le bambou. Pas de place pour l'aléatoire. Finalement je dus aider Jacquot à se réveiller, ce que je fis en me contentant de lui pincer le nez. Ne pouvant subitement plus respirer du tout, il sorti brutalement d'un sommeil chimique qui touchait à sa fin. J'avais assez poireauté, j'avais bien d'autre choses à faire que de le regarder pioncer.
- Messiiiire Moussambaaaaa, dis je d'un ton solennel et soulagé alors que ses pupilles se dilataient de stupeur. Quelle joie de te voir ici!! La tête inclinée en arrière, lui par contre ne pouvait me voir. J'avais bloqué sa caboche de la sorte afin que les fourmis soit naturellement conduite vers le sommet de son crane, le haut de son cerveau. Je ne voulais pas les voir ressortir par ses narines au bout de 5 secondes sinon où était l'intérêt. Le flic se trémoussait du mieux qu'il pouvait, c’est-à-dire pas du tout ; mais je sentais cependant toute l’énergie qu’il mobilisait, il était comme fou. Ses joues se gonflaient, son visage s’empourpraient et je l’entendais rageait à travers son bâillon.
- Calme toi M. L’agent, me sentais je obligé de lui conseiller. Tu vas te faire mal si tu continue à remuer comme ça. Ne sens tu pas que ton assise n’est pas des plus confortables ? Je réalisais en prononçant ses mots qu’en effet il ne devait pas encore sentir la présence du bambou puisque celui ci n’était qu’a l’embouchure de son rectum. Comment diable aurait t-il pu deviner qu’il lévitait en ce moment au dessus d’un Phyllostachys ? Je pris alors la vicieuse décision de libérer son crâne, afin qu’il puisse bien se rendre compte de sa situation. Il n’en ressentirait que plus d’appréhension, et moi plus de satisfaction. Je sectionnais donc la corde qui immobilisait son front.

Mais la première émotion que je vis dans ces pupilles ne fut pas de la peur. Juste de la haine, un brûlot de colère et d’animosité, magma de fureur et de rancœur qui bouillonnait derrière ses pupilles d’ébène. L'Haïtien me toisait, mais cela ne dura que le temps d’un battement d’ailes de hadène. Il suffit d’une brève seconde pour que le feu de son iris s’éteigne ; le temps qu’il saisisse être la victime du guet-apens le plus sadique de sa vie pourtant si néronienne.
- AAAaaaah, exultais je, en commençant à faire les cents pas devant lui, calmement, comme un prof d’université dans un amphithéâtre.
- Dois je t’expliquer ce qui t’attend ou le débauché que tu es a t-il déjà tout compris ? Je laissais flottait une imaginaire réponse puis reprenait.
- Je sais que tu sais, mais je vais quand même le prononcer pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté. Commissaire Moussamba, tu va être transpercé ! Je ne suis pas là pour te cuisiner ou négocier quoi que ce soit. Je suis là pour te tuer, et c’est comme si c’était fait, tu en conviendras. Jacquot avait beau être un prédateur à sang froid, je le vis tressaillir.
- Tu vas donc inévitablement être embrocher de part…en part, et ça va commencer par là. Joignant le geste à la parole, je traçais une diagonale le long de mon buste puis désignais mon propre derrière. Le pourri commençait à suer, la peur était bel et bien arrivée. Mais ce que je voulais de lui n’étant rien de moins que la Terreur, je poursuivais ma plaidoirie de bon cœur.
- Bon ça risque de prendre un certain temps avant que tu ne décèdes, et ça risque de te gratter un peu aussi… Mais comme je t’aime bien, je t’ai prévu un amuse gueule afin que tu n’t’ennuie pas trop et que tu puisses faire abstraction de ce bambou qui va te déchirer, je t’ai ramené des copiiiines. Pour illustrer mes propos, je sortais le bocal grouillant de Myrmica puis m’approchait de ma cible, jusqu’à être à portée d’odeur.
- Elles vont te distraire à merveille, lui susurrais-je. En passant par tes oreilles, elles vont te faire un petit nettoyage du cervelet dont tu ne me diras pas des nouvelles. Je ne pus contenir un éclat de rire jubilatoire. Jacques Moussamba pleurait, tremblant de tout son corps tel un vibromasseur puissance maximale. La Terreur était arrivée à son tour. Dans ses yeux ne flottaient plus qu’effroi et panique.
- Roooohhh, loulou, me moquais je méchamment. Tu chiales comme une baltringue ! Qu’y a t-il hein ? Tu trouves que c’est horrible ce que je te fais subir ? Me trouverais tu cruel ? L'Haïtien fit non de la tête, ardemment, comme si cela pouvait le dispenser de la fête.
- Venant de toi ce serait déplacé. N’as tu pas été très cruel il y a quelques semaines avec la jolie Jennifer ? N’as tu pas toi aussi agis comme une saloperie de pervers ? Là encore Jacquot fit non de la tête, sauf que sur ce coup il me prenait vraiment pour un con.
- Bon ! Assez bavassé, tu n’as hélas plus l’temps pour les regrets cher poulet. Je t’accorderais bien le dernier mot du condamné mais si je t’ôtes le bâillon tu va brailler, et je vais devoir te buter avant de m’enfuir. Et comme je n’aime ni fuir, ni me faire gueuler dans les oreilles… Je vais m’occuper des tiennes sans plus attendre.

Le commissaire eut alors un sursaut d’une vigueur surprenante et je crus un instant que tout mon travail de cordage allait être saboté, ce qui aurait pour effet de changer complètement la trajectoire du bambou à l’intérieur de son corps, et donc de retarder voire d’annuler sa mort, chose inacceptable. Mais malgré toute l’énergie de son désespoir, mon installation tenait encore bon quand j’allumais la bougie qui servirait à boucher ses oreilles après la petite invasion. Il allait falloir que je sois rapide car les fourmis risquaient de déguerpir avec précipitation.
- Tu risques de ne pas trop être d’accord n’est-c’pas Jacquot ? Je vais donc rattacher ta petite gueule histoire que tu ne gâches pas tout ok ? De nouveau ses yeux tentaient de me tuer et je ne fis preuve d’aucune délicatesse en entravant son crane rasé. Je me saisissais ensuite de mon entonnoir préféré, débouchait le bocal puis le retournait au dessus ; enfonçant légèrement l’embout dans l’oreille gauche de Moussamba. Les fourmis dérapèrent tant bien que mal le long du plastique de l’entonnoir et lorsque la dernière Myrmica eut quitté le bocal, je jetais aussitôt ce dernier pour me saisir de la bougie et en faire couler un peu de cire.

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La substance pâteuse coagula dans l’oreille, et je vis les yeux de l'Haïtien s’ouvrir grand, comme hallucinés. Enchanté par la forme globuleuse que prenaient ses mirettes, je fit le tour à toute vitesse, m’empressant de boucher la deuxième feuille pour pouvoir apprécier les mimiques qui allaient bientôt déformer son faciès. Au début, sa gueule ne bougea que très peu. Chatouilles ou démangeaisons, cela devait commencer par de la gène plus que de la douleur. Mais les Myrmicas n’étaient pas encore au cœur. Ce n’est qu’au bout d’une quinzaine de secondes qu’apparurent les tics nerveux. Des mouvements de tête saccadés, spasmes convulsifs n’étant pas sans rappeler l’épilepsie des gobeurs d’extasy ou le Parkinson des vieux. Les yeux quant à eux, semblaient chercher quelquechose dans les hauteurs, les pupilles quasi révulsés se balançant de gauche à droite et les paupières se gonflant parfois quand quelques fourmis se promenaient dans le secteur. À un moment, d’eux d’entre elles passèrent directement par sa cornée, traversant l’iris pour ensuite redisparaitre sous la paupière inférieure. J’avoue qu’a cet instant j’eus un haut le cœur… Moussamba eut ensuite un violent soubresaut, m’obligeant à réorienter la pointe du bambou, puis il ne remua plus du tout. Une escouade de Myrmica fit alors irruption par ses narines et chose surprenante, regagnèrent son corps en s’immisçant par les rares et minuscules trous ménagés dans le baillon pour garantir un peu de respiration pendant la séquestration. Au lieu de foncer vers le sol et de s’enfuir vers leurs bien aimée végétation, Les fourmis regagnaient l’univers moite et suintant du flicaillon ! Comme si elles avaient conscience d’être en mission… Comme si elles prenaient plaisir à être l’outil principal de ma punition… Mais Moussamba semblait s’en foutre, la seule chose m’indiquant qu’il était toujours en vie étant les ondulations stomacales provoquées par sa respiration. Son regard était désormais fixe et vide, en mode lobotomisation. L’agressivité avait fait place à la vacuité, neurones et synapses court-circuités par une bande de fourmis excitées. Le bambou ferait désormais le reste sans trop de difficultés… Sereinement, je réintégrais mes quelques outils dans mon cartable puis prenais un cliché numérique de la scène avec mon portable, preuve qui serait à la disposition de Rémini durant une minute (et pas une de plus) sur un serveur dont la durée de vie était tout aussi peu durable. Passé ce délai, c’était comme dans mission impossible, tout s’autodétruisait. Je ne laisse jamais de traces et n’en garde jamais. Pas d’indices ni de trophées. Ce sont tout un tas de principes de ce genre qui ont fait ma renommée et qui feront ma longévité. Je ne vend pas la peau de l’ours, c’est juste que je maîtrise les probabilités. La vie n’est que mathématique et pour un peu qu’on s’applique on peut tout calculer. Pour chaque crime il y à tout un éventail d’éléments aléatoires à anticiper, cela s’apprend, c’est un savoir ; une science. Celle du Calcul des Eventualités, connaissance qui permet d’éviter les erreurs et de prévoir toutes les circonstances. Je la maîtrise, mais ne me demandez pas de vous l’apprendre, car cela marquerait la fin de votre existence.

À bientôt pour de nouvelles réjouissances,
Cordialement.

 

 

 

 


Continuer la lecture avec le 4e extrait du Journal de M. Mort : « Diamants »


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2 commentaires sur “Le Journal de M. Mort : « Pourri »

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