Dark Taz, Photographe à Tendance Urbex

Temps de lecture: 11 min

Dark Taz

 

— Salut, peux-tu te présenter pour nos lecteurs ?

Bonjour, je signe sous le pseudo Dark Taz, mais ceux qui me connaissent m’appellent simplement Taz en référence au personnage de cartoon. Pour ce qui est du Dark, aucun coté gothique, triste ou autre, c’est simplement un clin d’œil à ceux qui m’ont connu quand j’écrivais. Je fais de la photographie dans des endroits abandonnés, inaccessibles, souvent interdits et insolites, résumée en général sous le nom urbex, même si je préfère éviter ce terme qui a tendance à être galvaudé. Je trouve cela assez réducteur car je fais aussi des photos de modèles dans quelques uns de ces lieux. J’aime diffuser mes photos accompagnées de textes courts que j’écris ou de rares citations empruntées. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas juste de publier une photo, mais de véhiculer une idée, transmettre un sentiment, une ambiance, de faire vivre la scène ou de faire réfléchir.

— Comment en es-tu arrivé à l'amour et la pratique de la photographie ?

J’avais une vrai passion de l’insolite, de ces zones oubliées, inaccessibles. Depuis mes 10ans j’ai toujours cherché à entrer dans les endroits interdits, fermés, oubliés, la curiosité de savoir « comment c’est dedans ». Un jour, j’ai visité un bâtiment et en recherchant des informations sur internet, j’ai trouvé des photos prises par un explorateur du coin. C’est là que je me suis dit que la photo serait le meilleur moyen de faire partager ce que je voyais, ce qu’on pouvait dans ces lieux. Les débuts étaient chaotiques, minables, je prenais tout et n’importe quoi en photo et je me heurtais à l’indifférence, l’incompréhension de mon entourage. Finalement, j’ai discerné qu’il était indispensable de réduire le nombre de photos pour aller à l’essentiel : Créer une émotion.

— Dans tes clichés on voit bien que tu visites souvent des endroits château branlant, parfois même sur le point de s'effondrer. Est-ce que tu côtoies souvent le danger lors de tes expéditions ?

Côtoyer le danger ? Oui quelques fois, mais je n’ai pas le droit de l’avouer, sinon ma chérie ne me laissera plus partir en expédition. (rires). Des escaliers qui s’effondrent, des poutres qui menacent de céder, des toitures fragiles, des produits chimiques à l’air libre, des chiens errants ou d’autres animaux… Je reviens rarement sans coupures, bleus, entailles, mais cela fait partie du jeu, c’est le coté fun de mon travail. Je pense que le pire, c’est les ronces. On n’y échappe presque jamais. Je suis parfaitement conscient de ce je risque quand je rentre dans des lieux usés par le temps, quand j’escalade une grue, m’enfonce dans un tunnel... J’évalue les risques avant, et les confrontes à mes aptitudes. C’est plus compliqué par contre pour les modèles qui sont généralement novices dans le domaine. C’est pour ça que cette année, j’ai décidé de travailler avec une jeune modèle qui me suit dans des aventures risquées et se spécialise dans ce style de photographie, et elle aussi revient avec quelques bleus parfois, même si je m’efforce de veiller sur elle.

 

— Aurais-tu des anecdotes un peu flippantes à nous faire partager ?

Je me rappelle d’une école qui avait été fermée pour cause de mérule dans les planchers, les escaliers tombaient, les marches s’affaissaient à chaque pas, une véritable angoisse… Les premières grues étaient très impressionnantes aussi, je me suis souvent dit que je n’arriverais jamais en haut, ou pire jamais à en redescendre, surtout quand le vent la fait dangereusement osciller… Il y avait une petite maison aussi, surement l’aventure la plus terrifiante. Remplie de pièges, des marches découpées sciemment et repositionner pour finir dans des barbelés, des fils tendus pour tomber sur des tessons de bouteilles, un sceau d’acide au dessus de la porte… Là, je me suis dit qu’il était plus prudent d’arrêter.

— Des rencontres particulières lors de tes missions ?

Souvent, c’est des rencontres animalières. Chiens, boucs, mouflons, béliers, cafards, serpents, mouches… Sans parler des cadavres d’oiseaux, faisans, chats etc… D’ailleurs certains spots ont trouvé leurs noms ainsi (« le laboratoire des 2 chiens », ou « le château des petits cadavres » par exemple). On a déjà rencontré des pilleurs de métaux aussi, des gardiens, des ouvriers, des toxicos, des gens qui font de l’airsoft, la gendarmerie…

— Est-ce que ça t'est déjà arrivé de croiser un collègue photographe sur un site ?

Oui, cela arrive souvent. Avec certains on s’échange juste quelques mots, avec d’autres on a gardé le contact. Récemment j’ai rencontré un groupe sur une exploration, que j’ai retrouvé sur le site suivant. Du coup, on s’est échangé nos coordonnées pour en faire un 3eme ensemble. C’était vraiment sympa.

— Y a-t-il un genre de réseau pour se renseigner quant à l'existence de ces sites abandonnés ? Est- ce un gros travail de recherche ?

Il y a de nombreux sites, forums sur lesquels s’échangent parfois des adresses, des accès où les dernières découvertes. Pour ma part je n’en fréquente aucun. Si vous voyez mon pseudo sur un des forums, c’est un fake. Je souffre d’une très mauvaise réputation sur ces groupes, en partie parce que je fais de la photo de modèle, et pour être franc, je le vis plutôt très bien. Je me fous de ce qu’on pense de moi, je crois même que j’aime qu’on me méprise sur ce genre d’endroit. Ça me fait toujours sourire quand les gens me disent qu’ils sont surpris, qu’ils avaient entendu parler de moi en mal, et que finalement, je ne suis guère plus c*n qu’un autre. Je trouve la plupart de mes endroits sur le net, sur la route, par des connaissances, ce qui me demande un temps considérable. Avec quelques explorateurs que j’apprécie et digne de confiance, on se donne des bons plans, on partage quelques endroits de temps en temps.

 

— As-tu déjà graissé la patte a des agents de sécurité pour pénétrer des lieux interdits ?

Non, je n’ai pas les moyens de leur graisser la patte…

— Qu'est ce qui t'attire dans ce mouvement qu'est l'urbex ?

Dans le mouvement, probablement…rien. Il y a quelques années, l’urbex était un mot presque inconnu, un univers assez fermé. On laissait quelques indices dans nos photos pour que les plus aguerris puissent trouver les lieux. Aujourd’hui on assiste à une boulimie de l’urbex, un concours de qui à la plus grande (liste de spots) ou un concours de « prem’s ». À force de voir fleurir « urbex » dans les noms de compte facebook, sur des shootings vulgaires dans des hangars défoncés, sales et taggués et une pléthore de bonhomme en masque d’halloween, j’ai eu le sentiment que ce mot correspondait de moins en moins à l’image que j’avais de mon travail. Pour ma part, j’ai une vraie passion de l’oublié, des lieux, du vécu et non une passion de « l’interdit » ou de la crasse.

— Comment travailles-tu, argentique, numérique, un peu des deux ?

Uniquement au numérique. Il faut vivre avec son époque, et je n’ai pas envie de me donner un pseudo style. Il y a de véritables artistes de l’argentique, moi je me suis lancé avec le numérique, et je reste dedans. Plus tard peut-être, pourquoi ne pas oser, pour progresser, mais pour le moment, je pense encore avoir beaucoup à maîtriser avant d’essayer l’argentique et même d’en voir l’utilité.

— Ta définition de la photographie ?

Je n’ai pas vraiment de définition à proprement parlé. Il y a des photos qui me touchent plus que d’autres, des styles que j’aime, et d’autres qui me laissent indifférent. Je ne suis pas trop paysage, nature, et pourtant je mets des photos de jardins japonais… Après j’essaye de m’ouvrir, d’apprendre à aimer des travaux différents, mais les bébés, les photos de grossesses, les petites fleurs et les chatons, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé.

— Des sources d'inspiration ?

J’ai toujours été inspiré par Thomas Boivin, un photographe Rouennais. Il a toujours été meilleur que moi dans la qualité de ses photos, et surtout, il avait des angles, des détails auxquels je ne prêtais pas attention et/ou n’avais même pas songé. Avec le temps, nos univers sont devenus différents et aujourd’hui j’ai une signature très marquée, mon regard s’est élargi, mais je continue d’apprendre de son travail car il fait partie de ces personnes qui s’améliorent toujours, et c’est très stimulant. Après, pour les shootings, j’admire Julie de Varoquier ou Lara Jade, mais c’est leurs univers, je n’ai pas envie de copier. A contrario, les modèles m’inspirent énormément. Ludivine Viala est vraiment une source inépuisable ou presque d’idées. Elle a un visage d’ange, mais surtout un charisme et une progression incroyable à chaque shoot, j’aimerais tellement être dans le sud et pouvoir travailler avec elle. Ensuite il y a beaucoup d’anonymes dont les visages stimulent dans mon esprit des compositions sans le savoir. J’ai aussi ma maquilleuse Strenga Make up qui m’aide à construire certains projets en apportant sa grande expérience.
Et enfin, j’ai la chance d’avoir découvert et de travailler avec Laura DT modèle depuis le début de l’année. En général j’imagine mes compositions (lieu, idée, style de pose) selon la personne, juste pour elle ; mais avec Laura c’est différent. Elle est l’incarnation de toutes mes idées, car elle est capable de jouer des rôles qu’elle n’aime pas forcément, sans se poser de question, elle me fait confiance. Elle est la seule par son courage et sa discrétion que je peux emmener partout dans mes projets les plus fous, ou les lieux les plus « insolites ». Aucune limite créative, même si cela semble trop dur d’accès, trop compliqué, trop différent de ce qu’elle aime, elle y arrive toujours. Du coup, on a développé une confiance/complicité unique. On est 1 semaine sur 2 en train de se faire la tête pour rien, mais on est en symbiose complète quand on travaille. J’espère vraiment qu’elle arrivera à se faire sa place comme « modèle aventurière » et en vivre.

— Ta vision de la culture en France ?

La culture en France est accessible et, comparé à d’autres pays, la chance d’être relativement libre. On possède un vivier d’artistes importants et accès à pas mal de culture (bibliothèques, médiathèques, expositions, musées etc…) gratuitement. Et surtout, on possède un patrimoine avec une histoire extrêmement riche. Ce qui est dommage, c’est que tout cela est mis à mal par la télévision qui nous montre que plus on se comporte comme un débile décérébré, plus on aura la chance de voyager, de rencontrer des artistes, d’avoir des opportunités éphémères grâce à des tv réalités de m**de. La télé abrutit les gens, et n’essaye pas de valoriser notre histoire, les richesses des monuments, les arts alternatifs. Les rares fois où c’est fait, c’est souvent exposé à des heures impossibles, par des personnes élitiste ou âgées qui s’adressent à un public de la même catégorie. Culturellement parlant, on possède du caviar, du foie gras, des mets raffinés, qu’on laisse en cuisine, pour proposer sur le buffet des conserves réchauffées au micro-onde et des hamburgers ramassés par terre…

— Si tu étais un livre, un film, une chanson ?

Un livre, c’est vraiment une colle, car je dois avouer aimer lire, mais ne pas être très féru de livre, donc… joker.
Pour le film, j’hésite entre 3 « A Bittersweet Life » de Kim-jee Woon, « Hero » de Zhang Yimou et « Le Bon, la Brute et le Truand » de Sergio Leone. Mais en 1er j’ai pensé à « A Bittersweet Life », donc je vais garder celui-ci.
Enfin pour la chanson, cruel dilemme, car j’ai depuis sa sortie toujours été subjugué par « Fragile » de Delta Goodrem, mais j’ai l’impression que mes compositions photographiques se fondraient davantage dans l’univers de « Let Her Go » de Passenger… Je vais donc garder Passenger.

 


 

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