Gwen Vibancos : Créatures, machines et paysages d’un autre âge

Temps de lecture: 13 min

 

— Salut, peux-tu te présenter ?

Hello à toute l'équipe de Resistanza ! Je m'appelle Gwen Vibancos, 33 ans et à la manière d'Obélix, je suis tombé dans le dessin étant petit ! Je suis Illustrateur, Concept Artist et un peu auteur BD parfois. Je suis basé sur Toulouse.

 

— Depuis combien de temps pratiques-tu ton art et quelles sont tes influences ?

J'ai toujours dessiné, mais ne pratique à but professionnel que depuis 4 ans et demi. Mes influences principales sont très éclectiques, on pourrait les résumer à Moebius, Enki Bilal, Mathieu Lauffray, Marcel Gotlib, Mike Mignola, Régis Loisel, Denis Bajram, Juanjo Guarnido, Katsuhiro Otomo, Yukito Kishiro pour la BD (mais il y en a plein d'autres) et à Aleksi Briclot, Jean-Sebastien Rossbach, Feng Zhu, La Grenouille Noire, Nicolab, Serge Birault, Scott Robertson, Eduardo Peña, Nicholas Kay, Dave Rapoza, Pene Menn pour tout ce qui est Concept Art et Illustration (mais là aussi, la liste est loin d'être exhaustive). Je suis également influencé par les films fantastiques, d'aventure et de science-fiction, ainsi que les jeux vidéo, les films d'animations, et j'écoute énormément de musique en dessinant (tous styles, mais principalement du Métal et du Rock).

 

— Tu réalises bon nombre de pochettes d'albums pour différents groupes. Peux-tu nous dire quelques mots sur chacun et quelle a été la collaboration t'ayant le plus marqué ?

En effet, j'ai pas mal de groupes toulousains à mon actif : NEPERIAH (Métal), DISKORDIA (Métal), FUMULUBUDU (Hip-Hop délirant), DJ POKE (Electro-Drum'n'bass), j'ai également travaillé pour quelques assos et labels toulousains (ANTISTATIC, LE LAPIN NOIR, NOT4KIDS et KARNAGE RECORDS). J'ai eu aussi la chance de faire des pochettes d'albums pour d'autres groupes « moins locaux  », comme notamment CALLING OF LORME (Indus Métal / Marseille), JOHNNY BEAVERS (Rock'n'Roll / Montpellier), H-ONE (Métal / Carcassonne) et BLACK DO' (ska-rock-reggae / Ariège). Mais mes grosses fiertés ont été de travailler POUR RUFUS BELLEFLEUR, SCARECROW, ZUUL FX et CHANTAL GOYA !

Pour RUFUS BELLEFLEUR, tout a commencé par une simple commande d'illustration de Yuz (l'initiateur du projet et compositeur principal) pour faire une illustration à offrir à Julien Cassarino (PSYKUP, MANIMAL, SIMONE CHOULE). Yuz voulait faire un projet avec Julien et il comptait le séduire et le motiver par ce dessin. Je devais simplement faire Julien en version zombie / fantôme. Même si l'idée germait depuis un moment dans la tête de Yuz, mon dessin aurait été apparemment un élément déclencheur, le déclic pour que le projet se consolide et que les musiciens s'investissent sérieusement dans le délire. Le groupe m'a demandé de réaliser la pochette du premier album car cette première illustration du fantôme de Rufus Bellefleur leur avait plu. Une grande aventure passionnelle ! Je remercie encore Yuz pour tout ça !

Pour ZUUL FX, j'ai fait la rencontre du chanteur Steeve Petit sur le tournage du film POP REDEMPTION (de Martin Le Gall et Alexandre Astier) car j'y étais figurant et lui acteur/consultant musical ! J'avais mon book de dessins sous le bras, Steeve, curieux, m'a demandé d'y jeter un œil, et c'était le coup de foudre entre nous ! Il m'a demandé s'il pouvait m'empreinter mon book pour le montrer à toute l'équipe du film et m'a rappelé 3 jours après le tournage pour me demander d'illustrer la pochette de l'album de ZUUL FX qu'ils allaient bientôt sortir : UNLEASHED ! C'est la première fois que je travaillais avec un gros label derrière (Warner Music France et Verycords, label de Dagoba, The Arrs, Mass Hystéria, pour ne citer qu'eux)  !

Pour SCARECROW, nous nous étions déjà rencontrés plusieurs fois, notamment à un concours organisé par France Ô pour lequel Rufus Bellefleur participait. Ils m'ont rappelé pour leur album « Devil & Crossroads » quand ils ont vu les travaux que j'avais déjà effectués dans le domaine musical. Etant fan de leur musique depuis longtemps (un mélange fascinant de hip-hop et de blues bien vintage), je fus comblé par cette demande et l'expérience fut vraiment top ! Je travaille actuellement sur leur prochaine affiche live et ils m'ont laissé entendre qu'on fera sûrement le prochain album ensemble, qui devrait sortir en printemps 2014 ! J'adore leur musique, leurs idées artistiques et leur qualité humaine, c'est donc un plaisir énoooooooorme  !

Pour CHANTAL GOYA, c'est le coup de pot : un graphiste parisien qui avait été mis sur le projet de réaliser une affiche pour Mme Goya, recherchait un illustrateur capable de faire de la peinture numérique et de travailler d'après photo (pour reproduire le visage de Mme Goya et faire le dessin principal de l'affiche). J'ai croisé l'annonce par hasard sur facebook, j'y ai répondu et le graphiste m'a vite recontacté en me disant « j'ai d'autres illustrateurs sur le feu, mais je pense déjà que tu seras celui qui conviendras le mieux ». Et voilà !! Une affiche pour Chantal Goya qui a envahie tout Paris pendant les fêtes, et qui va encore être pas mal diffusée dans l'année à venir (elle entame une grande tournée de 30 zéniths en France, en Suisse et en Belgique) ! De plus, l'illustration de l'affiche sera réutilisée pour la pochette d'une de ses rééditions d'albums !

 

— Tu as déjà été publié dans 5 numéros du célebre magazine PSIKOPAT. Tu y racontes les aventures de Spag & Ti, deux drôles d'extra-terrestres loufoques et très sympathiques, dont tu te sers pour critiquer des sujets de société avec humour. Comment t'es venue cette idée et comment s'est faite la rencontre avec PSIKOPAT ?

Pour ma rencontre avec PSIKOPAT, c'est une histoire qui m'a toujours mis un peu mal à l'aise… Haha ! J'ai été contacté par un scénariste qui écrivait des chroniques rigolotes pour le magazine PSIKOPAT depuis près de 5 ans (avant ça il officiait chez FLUIDE GLACIAL). C'est une des premières fois où je me faisais contacter par quelqu'un qui travaillait dans quelque chose de « connu », j'étais tout excité ! Il n'écrivait « que » des textes et des chroniques humoristiques. Ce jour-là il me contactait car il brûlait d'envie de proposer à PSIKOPAT un gag en une planche, une vraie BD plutôt qu'un simple texte comique ! Il m'a envoyé un premier gag (un peu léger à mon sens) à dessiner et à proposer à PSIKO. J'ai dessiné la planche, on l'a proposée, elle fut refusée. Frustré, l'ami me recontacte en me disant « j'ai un autre gag, veux-tu bien le dessiner, cette fois-ci ils vont nous le prendre, c'est sûr ! ». Refusé aussi. En ayant marre de me faire refuser planches sur planches et soupçonnant que les gags et dialogues de mon ami ne furent pas assez « travaillés », je demande à cet ami la permission d'envoyer un gag que j'aurai écrit moi-même. Et BIM ! Accepté du premier coup ! Youpi ! Mon premier travail rémunéré dans la BD et mon premier chèque de droits d'auteur !
C'est pour ce premier gag enfin accepté que j'ai conçu spécialement pour le mag', les petits aliens Spag & Ti! J'ai toujours été fan des aliens et des théories qui tournent autour depuis ces 50 dernières années. En créant ces deux personnages, j'ai fait d'une pierre deux coups : j'ai trouvé un moyen de pouvoir dessiner ce qui me passionne le plus (les aliens) et j'ai réussi à attirer l'attention de Paul Carali (rédacteur en chef du Psikopat et petit frère d'Edika), car ces extra-terrestres pouvaient dire toutes les pires saloperies sur les humains, sans s'attirer les foudres des lecteurs !! Ça passait toujours très bien, puisque ce sont des aliens !! Monsieur Carali a été séduit par le potentiel libre, subversif, marginal et la possibilité de dénoncer sans passer pour « provocateur » ! Et vu que j'ai beaucoup de choses à dire sur les défauts de l'homme, c'était la porte ouverte à toutes les fenêtres ! J'avoue être assez fier de cette trouvaille.

 

— Parle nous de tes projets  de BD : « Jack in Spaceland », « Jack Manta et les Envahisseurs de l'Espace », « Les Stèles de Maladruian » (avec le scénariste Laurent Tran Ngoc Dai).

Je n'ai pas grand-chose à dire là-dessus. Ce sont tout simplement mes premières tentatives de projets BD a proposer à des éditeurs, qui ont évidemment été tous refusés. Des projets en association avec des scénaristes (mis à part sur Jack in Spaceland), qui m'ont servi à apprendre comment monter un dossier BD pro, comment raconter une histoire, comment organiser ses idées, etc.
JACK MANTA était le projet le plus frustrant puisque c'est un scénariste professionnel, Guillaume Clavery, qui m'a contacté, nous avons pondu des planches, monté un dossier béton, fait lire à d'autres professionnels et amis qui sentaient bon la réussite, mais finalement le scénariste n'a jamais envoyé le dossier aux éditeurs et le projet n'est jamais sorti !! Aargh, y'a rien de pire !! J'ai tenté de reprendre les rênes en ce qui concerne les envois postaux du dossier, mais rien n'y a fait. C'est encore plus frustrant que de recevoir un « non » de la part des éditeurs, car je ne saurais jamais si le projet était viable et intéressant pour un éditeur ou pas.
C'est à cause de cette énorme frustration que j'ai décidé de mettre de côté la BD pour un temps, pour me consacrer un peu plus à l'illustration pure et à l'étude de la peinture numérique. Et je ne regrette pas, je m'éclate à fond dans ce domaine et les projets s'intensifient de plus en plus au fil des mois !!

 

— Depuis peu, tu travailles également comme « concept artist » sur plusieurs courts-métrages. En quoi consiste le Concept Art ?

Le Concept Art est une forme d'illustration où le but principal n'est pas de créer une œuvre d'art, mais d'utiliser l'art afin de représenter visuellement une idée, une ambiance ou un concept pour un film, un jeu vidéo, un film d'animation ou même une BD.
Lorsqu'un scénariste ou un réalisateur écrit « un géocroiseur intergalactique franchit le sas de sortie du vaisseau mère », le concept artist doit rechercher à quoi ressembleront le géocroiseur et le vaisseau-mère et le sas de sortie, par exemple. Un concept artist peut donc servir à trouver l'apparence et le design des personnages d'une histoire, de monstres et créatures, de véhicules, d'armes, de décors et de paysages imaginaires. C'est une phase essentielle qui connecte l'histoire qu'un réal ou un scénariste a dans la tête avec l'équipe technique qui va réaliser le film ou le jeu vidéo. Lorsque j'ai découvert cette utilisation du dessin, j'ai trouvé ça passionnant car j'ai toujours aimé créer des personnages, des monstres ou des paysages qui n'existent pas, bref, inventer ou donner vie à des idées imaginaires.

— Quels sont tes autres projets et sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Je suis un peu un artiste-autiste hyperactif, j'ai 10 000 projets en même temps en ce moment ! Je travaille sur la finalisation de l'EP du groupe NEPERIAH, je commence à travailler sur la nouvelle affiche Live de Scarecrow, je fais du design de personnages pour la websérie « Green Grass », je fait du concept art pour le court-métrage fantastique « Le Printemps de l'Homme » de Red Screen Films, je suis aussi en train de travailler sur des couvertures de romans pour la maison d'édition « L'Ivrebook  » (livres numériques), notamment sur la couverture d'un recueil de nouvelles de Cthulhu !! Et avec tout ça j'arrive également à trouver le temps de faire des commandes pour les particuliers et m'entraîner à la peinture numérique pour étoffer mon portfolio (j'aimerai commencer à démarcher des studios de jeux vidéo. Un de mes plus grands rêves après le cinéma) !

 

— Quelle est ta vision de la culture en France et comment la vois-tu évoluer ?

Je considère que la France a toujours su privilégier la place de la Culture dans nos vies, avec ses musées gratuits le dimanche ou gratuits pour les personnes en recherche d'emploi. De plus, la France, dans l'Histoire de l'Art, a quand même compté des artistes de renom qui ont façonné l'Histoire et nous vendent encore du rêve aujourd'hui ! Pareil pour l'univers de la BD, qui ne va pas très bien en ce moment, mais qui a toujours beaucoup compté pour les français et qui a quand même inspiré les japonais pour créer les mangas ! C'est la classe ! Je ne suis pas toujours fan des français et de leur mentalité générale, mais j'ai toujours été fier d'être né dans ce pays ! J'aurai pu tomber plus mal, imaginez si j'avais été Lituanien ou Roumains  ? « Laver Pare-brise ? Argent ! »
En ce qui concerne l'évolution de la culture en France, on est en plein « bouillon de culture » à mon sens. La France compte des milliers d'illustrateurs et d'auteurs BD plus talentueux les uns que les autres, ça bouillonne, ça pullule de partout et je trouve ça génial ! Une nouvelle génération d'artistes débarque et je pense qu'il y a beaucoup de futurs incontournables dans cette vague ! Beaucoup des plus talentueux s'exportent comme des petits pains à l'étranger pour travailler dans les plus grands studios de cinéma et de jeux vidéo ! La culture française se porte très bien à mon sens et j'y vois beaucoup d'espoir pour le futur !

 

— Si tu étais une chanson, un livre, un film ?

Alooooooooors….
Si j'étais une chanson, ce serait probablement « Love » de Gojira, pour le fait que mes différents échecs artistiques m'ont toujours prouvé qu'il fallait indéniablement mettre de l'amour dans ce qu'on fait d'artistique pour que le public le reçoive, ressente des émotions et prenne autant de plaisir à regarder votre œuvre (ou l'écouter si vous faites de la musique) que vous en avez pris en la réalisant. Sinon, ça serait « My Hero » de Foo Fighters pour l'importance que j'attache à mes idoles et et l'important rôle de motivation qu'ils jouent pour moi, pour continuer à travailler, évoluer et atteindre la lumière comme eux.
Si j'étais un livre, je dirais « Game Of Thrones » de George R. R. Martin, pour le combat que je mène au quotidien pour trouver ma place, mon trône dans le monde de l'illustration et du concept art.
Pour le film, je dirais sans hésiter « Matrix » d'Andy et Lana Wachowski, pour le fait que je choisi de me construire ma propre vie, mon propre destin, en prenant ce risque de travailler dans le domaine artistique. J'ai fait le choix de façonner moi-même mon bonheur, la tournure de ma vie en choisissant la bonne pilule, sans rien attendre de la vie elle-même ou des autres. J'essaye en somme d'être maître de ma vie et j'essaye de prouver aux gens qu'on PEUT choisir notre chemin et être plus heureux qu'en suivant les rails qu'on nous ordonne de suivre.
Merci pour cette interview !!



Contact :

 

Site Personnel

 

ou par mail : gwen.vibancos@gmail.com

 

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